Le son des volcans dans le son de la terre avec Jérôme Sueur et en partenariat avec le MNHN

Coucher de soleil sur le Fagradalsfjall en éruption
Coucher de soleil sur le Fagradalsfjall en éruption © Getty

Il me semble que nous terminons le son de la Terre par le son de la Terre, c'est bien ça Jérôme ?

Oui, Mathieu, c'est un peu ça, avec, plus précisément, le son des volcans. Nous venons d'entendre la lave du volcan Islandais Fagradalsfjall entré en éruption en mars dernier et enregistré ici par Francesco Fabris.

Ces derniers mois ont été marqués par l'activité, parfois dramatique, de nombreux volcans : le Pacaya au Guatemala, le Taal aux Philippines, l'Etna en Italie, le Nyiragongo en République Démocratique du Congo ou encore le Piton de la Fournaise à la Réunion, capté par Fernand Deroussen en 1998. Avec les volcans, la Terre se réveille et tremble dans des explosions parfois extrêmement intenses comme ce fut le cas du volcan Krakatoa.

Que s’est-il passé ?

Après 200 ans de sommeil, le 27 août 1883, à 10h02 exactement, le volcan coincé dans le détroit de la Sonde, entre Sumatra et Java, explosa d'une manière si violente qu'il provoqua le son le plus intense jamais entendu de mémoire d’homme.

L’explosion, d'un équivalent de 100 à 150 mégatonnes de TNT, généra une impulsion sonore phénoménale qui s'entendit jusqu'à Alice Springs en Australie à quelque 4 800 km de là.

Des variations barométriques de 20 000 Pa furent enregistrées à Jakarta. Transformée en pression acoustique, le niveau atteignit 180 dB à 160 km, soit plus de 280 dB à 1 m, une valeur difficilement imaginable en comparaison, par exemple, d'un aspirateur bruyant qui atteint seulement 80 dB.

L'explosion du Krakatao généra une onde sonore insupportable pour nos oreilles mais elle produisit aussi des ondes sonores totalement inaudibles.

De quoi s’agit-il ?

Il s’agit d’ondes très graves, trop graves pour nos tympans - on parle d’infrasons -, des ondes qui se propagent sur d'immenses distances à travers des guides d'ondes thermiques.

Au printemps 2010, le volcan islandais Eyjafjallajökull entra en éruption et dégagea de tels nuages de cendres qu'une partie du trafic aérien fut arrêté. Cette éruption produisit des infrasons qui furent détectés jusqu'à 3 500 km de distance.

En utilisant un réseau de 60 capteurs à infrasons répartis dans le monde entier et normalement dédiés au suivi des explosions nucléaires, il s'est avéré possible de suivre et de localiser à plus de 10 000 km de distance l'activité du volcan islandais.

La surveillance de l'activité volcanique est habituellement réalisée par la mise en place de sismographes ou par des images satellitaires. Il est cependant impossible d'équiper tous les volcans et les images satellitaires sont dépendantes de la météo, des nuages pouvant cacher les cratères.

L'acoustique infrasonore apparaît donc comme une alternative au suivi de l'activité volcanique.

Mais c'est aussi au plus proche que s'écoutent les volcans comme dans cet autre enregistrement de Fernand Deroussen réalisé cette fois sur le volcan Arenal du Costa Rica où se mêlent des craquements de blocs de lave et des cliquettements de grillons nocturnes...

Et ainsi s'écoule le son de la vie et ainsi s'écoute les sons de la Terre.

Le son de la Terre, une chronique de Jérôme Sueur en partenariat avec le Muséum national d'Histoire naturelle. 

Peut-être un petit message pour cette dernière chronique ?

J’aimerais adresser un immense merci aux 56 preneurs de sons, chercheurs et musiciens qui ont partagé plus de 140 sons durant toute cette année. Sans eux, il n'y aurait eu ni science du son, ni son de la science !

https://naturophonia.jimdo.com/

http://www.francescofabris.com/

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