Ce n’est un secret pour personne et sûrement pas pour vous Sofiane qui avez fait des études de musicologies, le rap est un vampire en quête de reconnaissance, qui bouffe à tous les râteliers, pour imposer sa loi sur les scènes du monde entier.

Rapsodie, vos premiers accords de rap. Chopin. On dit d’ailleurs aujourd’hui par exemple que le premier rapper français serait Gainsbourg, précurseur de la pop décomplexée, compositeur de boucles qui pillait sans vergogne le répertoire classique pour y poser des mots amers souvent parlés.

Chopin, c’est ma conscience, nous dit Gainsbourg. La conscience ou l’inconscient collectif qui associe la musique classique à une profondeur d’esprit, une richesse qui anime le rap français dit conscient. 

Bon, je ne vais pas vous refaire le spectacle d’André Manoukian, vous expliquer la mélancolie des accords mineurs, mais il est certain, que lorsque Abd Al Malik, il y a dix ans va chercher Gérard Jouannest, le pianiste historique de Jacques Brel pour son album "Gilbraltar", ce n’est pas pour faire tourner les serviettes, mais bel et bien pour emmener le rap vers une dimension nouvelle, celle de la grande musique. 

Je ne vous oublie pas Sofiane. Je resitue juste le piano dans le rap pour mes camarades humoristes, qui connaissent le nom de tous les assistants parlementaires, mais qui écoutent Ska P et Michelle Torr. Sofiane, vous venez donc de cette nouvelle génération du rap, celle des romantiques, des explorateurs, qui ont troqué les coups de poing contre les émotions, les sensibles, les vulnérables, comme avec le bruxellois Scylla, sur les “Pleine Lune” 1 et 2.

Bon, mais c’est bien joli de se cacher avec son gros piano derrière des chanteurs , comme tous les instrumentistes dit virtuose, à un moment il faut savoir abandonner ses muses, et se jeter à l’eau. Vous vous confrontez donc seul à votre piano, pendant trois ans et comme pour un égotrip de rapper, vous vous autoproclamez “roi du piano”, imaginant un voyage tel un Hergé du clavier, La Havane, Paris, Le Caire, Carthage, Bora Bora, ,des destinations que vous fantasmez autant que vous les vivez, des morceaux que vous composez dans votre tête avec ou sans piano, des destinations idéalisées d’un romantisme sauvage, et sortez en novembre dernier, “Planet”, un voyage propre et écoresponsable. 

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