La musique est à la fois une libération de la parole, une libération du corps qui se doit d'être entendue mais aussi, malheureusement, un terrain de jeu pour le sexisme ordinaire.

Le Grand Jacques ici en 1967
Le Grand Jacques ici en 1967 © Getty / REPORTERS ASSOCIES

Quel vaste sujet, le féminisme et la musique. On est d'ailleurs en plein dedans en ce moment. Je vous en parlait la semaine dernière avec la clôture du mouvement #MusicToo, qui a recueilli sur Twitter plus de 300 témoignages de violences sexuelles liées aux bel univers du disque. 

La musique est à la fois une libération de la parole ("je me fait picorer le bonbon, je me fais frotter la péninsule", chantait Colette Renard en 1963), une libération du corps qui se doit d'être entendue, comme l'a prouvée la polémique Beyoncé, sexy en diable et féministe. Mais la musique est aussi, malheureusement, un bon vieux terrain de jeu pour le sexisme ordinaire

"Les groupies" de Michel Delpech, c'est le degré zéro du respect de la femme. On veut devenir une vedette pour serrer dans ses bras des minettes intimidées par les paillettes. Et puis, on les méprise d'avoir été aussi bêtes. 

J'avais d'ailleurs été assez choquée en tombant un jour par hasard sur cette interview de Jacques Brel en 1964 par Denise Glaser :

"- Il y a beaucoup de vedettes masculines qui, et je crois que c'est une certaine habitude du métier, qui vivent d'une certaine manière "entre hommes". Il y a les femmes, charmantes. Et puis, il y a les compagnons de travail - et c'est ça qui est plus important. 

- Je crois que ça n'existe pas uniquement chez les gars qui font un métier un peu anormal comme nous. 

- C'est assez frappant quand même. 

- On est tout le temps en balade, toute l'année. On se promène toute l'année et on se promène avec des hommes. Ce serait impensable de se promener toute l'année avec des femmes. Ce serait effroyable. "

Et oui, ce serait effroyable de partir en balade avec les femmes, dit Jacques Brel. Oui, on part de loin. 

Aujourd'hui, le discours est toujours le même, mais il s'est racisée. Nos grandes stars de la chanson française seraient, elles, civilisées, même en slip. En revanche, les vilains rappeurs basanés, eux, auraient un discours assez équivalent, mais eux ne respecteraient pas les femmes. Ça fait doucement rigoler. 

Heureusement, la résistance se poursuit. J'éprouve par exemple une tendresse particulière pour la jeune DJ et chanteuse genevoise Mara, qui cartonnait l'année dernière avec ce magnifique morceau de libération de la parole : 

Oui, parfois, pour faire la révolution, il ne faut pas hésiter à tirer la langue. Et puis, il faut être optimiste aussi. 

Hier matin, par exemple, sur France Inter, notre ami et collègue Mathilde Serrell réveillait la France en présentant le nouvel album de Barbara Carlotti, Corse, île d'amour. Une journaliste chroniquant le disque d'une femme musicienne coréalisé en plein confinement avec une femme ingénieure du son et productrice, Bénédicte Schmitt, sur la première radio de France dirigée par une femme : ça va, c'est bien pour commencer la semaine. 

Voilà donc un peu de douceur féminine pour vous : enregistrée à Calvi, "La balade de chez Tao", une chanson de Jacques Higelin reprise en duo par Izia, sa fille, et Barbara Carlotti : 

[Pour écouter la reprise par Izia et Barbara Carlotti, il faut écouter la chronique, il n'existe pas encore à ce jour de clip pour cette chanson :) ]

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