Mélanie Bauer a écouté avec attention la nouvelle création de l'icône du rock français, nostalgique et transportée, elle est conquise.

Une fois n’est pas coutume, j’aimerais commencer cette chronique par une rapide anecdote, l’été dernier j’étais au Francofolies de La Rochelle, la version confinée du plus grand festival de chansons de France. Pas de grande scène, pas de foule saoule, le virus imposait le calme. Et c’est là, en fin du Festival bâillonné que j’ai compris ce que représentait vraiment la carrière de JL Aubert, le 14 juillet à 20h sur les enceintes installées dans la ville et sur internet, les premières notes de la chanson de Téléphone, “Un autre monde”, résonnent, l’idée c’était de faire un karaoké géant et ça marche. D’un seul coup, les jeunes, les vieux, les flics et les vacanciers en shorts roses se mettent à chanter. Toute une ville ensorcelée. 

Le cri du cœur, pas de débat, pas de cynisme, pas de révolte, juste une population qui chante dans la rue, je rêvais d’un autre monde. Un moment que je qualifierais de poésie anti-Houellebecq, je me demande sincèrement à quoi ressemblent vos conversations , j’aimerais vraiment être une souris pour vous écouter tant votre monde est son contraire. Ce qui m’amène à votre dernier disque, réédité en double album avec 22 chansons dedans. “Refuge” qui fête vos 43 ans de carrière, qui fête ses 43 ans ? Étrange choix d’anniversaire, pour un disque fourre tout qui fait le grand écart du rock à la chanson en passant par le reggae avec même un titre autotuné, le titre titre du disque … 

A l’écoute de ce disque, on se dit que vous êtes parfait dans votre rôle de Président d’honneur des Victoires de la musique du 12 février prochain, il y a toutes les musiques dans vos chansons. Vous savez tout faire . Ce qu’il n’y a pas, en revanche, c’est de la violence ou de l’amertume, plus vous vieillissez, plus vous affinez vos mélodies, vous êtes aujourd’hui plus proche de Mc Cartney que de Mick Jagger, avec des textes de plus en plus résilients, il n’y a pas l’once d’un début de névrose dans ce disque, vous y êtes même parfois totalement candide.

C’est probablement, c’est air qui vous a sauvé la vie, peu de gens se sortent innocents ou tout simplement vivants d’une carrière de rocker, c’est ce souffle que vous avez maîtrisé, ciselé en mélodies qui vous transcende, c’est cette respiration qui vous soigne et ensorcelle votre public. C’est dans la sincérité que vous excellez, quand vous êtes tout nu, comme sur cette chanson à mon humble avis de névrosée cynique, la plus intime et la plus réussie du disque, le son des doigts qui glissent sur les cordes et votre voix suffisamment loin pour nous chanter à l’oreille,  “L’ange et la Grande”, Jean Louis Aubert. 

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