Mélanie Bauer décrypte la nouvelle icône soul de la scène française.

La différence entre une chanteuse de R’n’B et une chanteuse de soul, ne se situe pas au niveau de la voix mais plutôt au niveau des fesses. Oui, car si l’ado Kimberly aimait se déguiser en Lolita pour séduire de ses octaves, reprennant des tubes de R’N’B, la femme, la mère, l’adulte Kimberly a choisi la voie courageuse des femmes blessées, sensibles et résiliantes de la soul. Les stars auxquelles on la compare, d’Amy Winehouse à Billie Holliday, n’ont pas eu des vies faciles, elles sont des martyrs de la musique, les grandes dames de la soul sont des divas, des drama queens, certes, mais elles sont surtout des femmes écorchées, seules, au prise avec de terrifiants démons. Heureusement, vous n’en êtes pas là, on ne vous le souhaite pas Kimberly, mais vous assumez pleinement vos cicatrices dans ce disque tout rose. Vous le dites vous même je suis faible mais ça va, I’m weak and I’m ok

Cela demande beaucoup de force, d’être sensible, ce n’est pas donné à tout le monde. La pudeur de l’Homme face aux émotions est si souvent grinçante, voire violente, qu'il est moins dangereux de bouger ses fesses que d’afficher ses faiblesses. Mais vous, vous y allez, vous faites cavalier seul pour cet album, plus de groupe, plus de cocon, plus d’espace pour se cacher, vous racontez le deuil, la perte de votre père et quand vous reprenez la chanson de Joy Oladokun, une jeune artiste afro-américaine puissante, qui raconte comment elle noie ses chagrins d’amour dans l’alcool, vous gommez de ses arrangements la pop pour aller droit à la soul. 

Il ne s’agit plus d’oser maintenant sur ce disque, il s’agit d’assumer, de soigner. Car le métier dangereux de diva est aussi une sinécure de bienveillance, c’est une main tendue vers la solitude des autres. La soul, c’est l’équilibre parfait entre la joie et la tristesse, la cousine du jazz. Un chemin subtil, que vous empruntez par deux fois sur le disque avec le pianiste Sofiane Pamart, un pas de deux qui se termine finalement en valse.  

C’est d’ailleurs par cette valse qui vient que je terminerais cette chronique, seule chanson en français qui démontre l’étendue de vos talents, vous n’êtes pas une chanteuse de R’n’B, il n’y a pas de manières ou de fioritures dans vos interprétations, l’anglais ne cache pas la misère et ne vocalisez pas à tort ou à travers, le français en clôturant ce disque démontre votre musicalité, vous n’êtes pas n’importe qui, protégez-vous un peu quand même, car des disques de cette sincérité là, il va falloir nous en écrire encore pendant des décennies pour essuyer nos plaies. 

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