Les Négresses vertes, c’est l’exception qui confirme la règle. Un miracle de la scène musicale française.

Deux membres des Negresses Vertes, Stefane Mellino (à gauche) et Michel Ochowiak
Deux membres des Negresses Vertes, Stefane Mellino (à gauche) et Michel Ochowiak © AFP / Fred Tanneau

Le contexte de la fin des années 1980

1987 : le rock est tout puissant, il est la culture jeune. Bon, il y en a quand même qui imitent des robots, ou font des acrobaties, avec des casquettes à l’envers en scandant H.I.P, H.O.P, mais ils sont en minorité, quant à la house elle paraît très loin de chez nous, aussi de l’Amérique. En France, la musique électronique, ce sont des concerts au Château de Versailles, avec des shows tout illuminés, pour une frange adulte et bourgeoise de la population. 

Non, la culture jeune, chez nous (outre la variété internationale et locale qui se déverse sur les chaînes de télé musicales grâce au multinationales du disque )... La véritable culture jeune, chez nous, celle qui fait bouger les clubs et les salles de concert, c’est la scène rock alternative, héritée des Béruriers Noirs, un rock très différent de celui des anglo saxons, dérivé du punk, engagé et énervé, une spécificité française qui s’organise grâce à la dynamique des bars et des labels indépendants . 

Les Négresses vertes, c’est un peu un fourre-tout de la culture des quartiers nord de Paris des années 1980, un son métissé, déglingué, qui vient de la rue, du zinc, un truc manouche, cirque, punk, oriental et chanson réaliste

Tout cela paraît bien loin de la scène électronique qui est en train de s’organiser en Angleterre, mais finalement pas tant que ça… Il y a un côté pub à la Pogues, dans les Negresses Vertes, une ressemblance d’ailleurs, avec le chanteur Helno, et puis aussi l’Angleterre explore ses racines, le métissage dans la musique. Les Jamaicains, les Indiens, toute la diversité de population du Royaume-Uni, se fond dans une house musique teintée de rock. Et c’est là, que les destins convergent, Peter Murray, le producteur du groupe va chercher un jeune Londonien célèbre pour ses collaborations avec David Byrne des Talking Heads, Clive Martin qui réalise leur premier album en 1988, et puis aussi un jeune DJ, William Orbit, pour remixer “Zobi La Mouche”, et bam, l’impossible arrive : Les Negresses Vertes ne sont plus des rockers bouffeurs de grenouilles, musiciens méprisés des rosbiffs, ils deviennent un groupe branché de World Music… 

Les Negresses vertes, "Green black women" en anglais, c’est 

L’évènement français le plus important depuis la 2CV !

... pour les Brittons, raconte Jackie Beroyer dans le livre qui accompagne les 4CD de chansons, lives et remixes des Negresses vertes, sorti sous le titre “C’est pas la mer à boire”. 

Car, c’est ça, oui, à l’époque la France : les 2CV, Sacha Distel et le minitel. Le kitch ringard. On ne traverse pas la Manche en deux heures de train, on rame en ferry pour faire connaître nos chansons. Les Negresses Vertes vont changer tout ça. 

Bon, je ne vais pas vous faire toute la biographie du groupe, faudrait au moins une heure pour bien faire, non, juste rappeler qu’ils sont précurseurs de tant de choses, ils sont mixtes, ils sont métissés, modernes, expérimentaux. Ils sont internationaux, ils sont indépendants, hors format, dramatiquement rock et joyeusement fanfarons

Enfin, c’est finalement en peu de morceaux que Les Négresses Vertes ont ouverts toutes sortes d’horizons à la musique française, arrachés en plein vol par le deuil, ils sont un patrimoine qui fête ses 30 ans, et qui pourtant reste encore méconnu par plein d’aspects, écrasé par les tubes, un résumé sommaire de tout ce qu’ils savaient inventer, ça vaut le coup de se replonger dans les clips, les titres dub, l'énergie des concerts, la richesse du collectif, la qualité de recherche de sonorités, bref, un coffret, c’était pas de trop …. 

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