Le cinquième album du rappeur Youssoupha

Souvent, le problème avec les gens qui ont décroché de la musique en 1979, c’est qu’ils n’en comprennent pas les nouveaux codes. #Zemmour. C’est d’ailleurs valable pour toutes les tendances post radios libres, de l'électro au rap. Pour en apprécier le son, il faut un peu d’éducation. Prenons au hasard, le dernier album de Youssoupha, son 5e, “Polaroïd Experience”. Pour bien le comprendre, il faut avoir déjà, quelques notions en égo trip . Alors, l’égo trip, c’est quoi ? ( je ré-explique pour les nuls ) D’abord, des mots, beaucoup plus de mots, que dans la chanson ou la pop, avec des phrases plus longues, en chanson, on rime en 3 ou 4 temps, “ Quand je vois fernande je bande, je bande”, en rap, il en faut plutôt autour de 16 “ J'suis tellement à l'ancienne, tu vois, J'suis pas Congolais, j'suis Zaïrois ”. Donc, il faut être très fort avec sa plume et ses rimes. Puis, après des années de joutes verbales en général, dans des locaux un peu crado, pour des batailles de vannes a faire pâlir les humoristes,  les parleurs deviennent des rappers. Il peut enfin prétendre à une identité, une spécificité, il affine son discours, travaille encore et encore son flow. Il sait qui il est, il peut se raconter, souvent au deuxième degré, parfois au premier, il se punchline, se met à poil, il egotrip. 

Alors pour l’inculte en rap, ces mots VHS et Walkman sont faciles à comprendre dans cette chanson de type Trap, un genre de rap qui n’existait pas à l’époque de la cassette mais que Youssoupha explore aussi avec sa casquette de producteur. La cassette si chère à Youssoupha, est encore un code important du rap, elle est la mixtape, elle abrite les instrus sur lesquels, on freestyle, autant d’autres mots très important en hip hop. Youssoupha, lui, fait aujourd'hui parti de la mouvance du rap adulte, le rap dit “conscient”. Souvent politique, sociologique, engagé, mais surtout concerné _ ce que j’ai déjà sur cette antenne appelé du rap intelligent _ en opposition à la variété urbaine aussi débile que l’ensemble des chansons des yéyés ou du Top 50. Je le dis d’ailleurs entre parenthèse pour les jeunes rappers, ce n’est pas parce qu’on met des effets sur la voix et des gros mots dans une chanson, qu’on ne fait pas de la variété. C’est important de le préciser. 

Donc avec “Polaroid Expérience”, le dernier album de Youssoupha, nous sommes sur un disque Selfie, très personnel, egotrip, au prisme très large en terme de son, qui va du minimalisme le plus intello du rap, à la trap en passant par la pop type chanson d’amour. Son écriture est riche avec des chansons parfois complètement au deuxième degré comme la très cynique “ mourir ensemble”, un disque malin, tendre, curieux avec de vraies mélodies, dans un joli français, mais aussi, je crois en lingala, la langue bantoue de la République démocratique du Congo avec Niama na yo. Niama, c’est le vers solitaire ? 

Voilà, on a fait le tour, a bientôt 40 ans, Youssoupha fait une musique de son âge, du bon vieux rap, qui traîne des valises bien profondes d’adulte, il voyage  l’esprit bien ouvert, en ne gardant que le nécessaire, la sincérité, la poésie et l’expérience. 

Programmation musicale
  • DUFFY
    DUFFY

    Mercy

    Label : AZ/UNIVERSAL2008

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.