Mélanie Bauer a écouté le dernier album de Denez Prigent

Denez Prigent, c’est toute ma jeunesse, la découverte de la Bretagne,  terre avant-gardiste de musique, avec ses festivals plein des espoirs de sonorités à venir, une terre peuplée de mots imprononçables, de forêts et de mer, de gastronomie aussi. Une culture martyrisée, qui puise dans sa langue et ses légendes comme dans ses nombreuses fontaines miraculeuses pour renaître, encore et encore. Avec l’Ankou qui rôde sa faux renversée à la main, pour vous rappeler qu’il faut être humble, car on va tous crever…Bref, la Bretagne est mystique, musicale et tellurique. Elle chante a cappella, la gwerz, mélodie tonique teinté de mort, mais aussi des kan ha diskan, portés par des sirènes au coffre ahurissant, comme des baleines, qui se répondent  et parfois se synchronisent sur 160 BPM comme au début de notre histoire de Denez, ces chants tribaux des soeurs Goadec…. 

Les Soeurs Goadec - Plinn

https://www.youtube.com/watch?v=WdAzl-X-OiM&list=RDSCmA4w1O1Gs&index=8

J’ai souvenir du jeune Denez Prigent tout maigrichon, habillé de noir avec sa main sur son oreille qui sortait de son corps a capella des sons gigantesques qui portaient très loin et que l’on écoutait religieusement, car il portait en lui toute l’histoire de la Bretagne. Ces mille chemins dont il parle dans son dernier album, ce sont ceux là, des voix ancestrales, à la folk bretonne en passant par le choc, des Transmusicales de Rennes, temple du rock, qui d’un seul coup avec les années 90 vire électro, ouvre toutes sortes d’horizons. Ce son éléctro, on le retrouve sur le disque avec les séquences du beatmaker hip hop, James DIGGER, qui travaille à partir de la voix nue de Denez, une very old story entre les deux artistes qui remonte déjà a l’album précédent. 

https://www.youtube.com/watch?time_continue=22&v=mkbtme8mMqk

Denez Prigent an old story Remix

Bon, retrouvons nos mille chemins, ce nouvel album, traditionnel comme il se doit, se teinte aussi des préoccupations du nouveau monde, la cruauté de la maladie, de l’industrie mais également les grandes interrogations de la Bretagne aujourd’hui, l’écologie, la diversité de la nature face à la culture intensive, la pollution, l’élevage, et puis...Et puis les éoliennes assassines d’oiseaux, dont avez fait Denez une danse, une gavotte ...

Il y a toutes les saisons dans ces chants, comme en Bretagne, on passe du crachin, à l’hiver pour revenir brusquement à la joie du soleil, très rapidement, la langue est mystérieuse, elle rappelle parfois des sonorités exotiques, se souvient du voyage, lutte contre la mer et le vent pour se faire entendre. Comme dans les légendes, elle prévient des drames passés pour anticiper l’avenir, s’attaque à des sujets lame de fond, l'injustice, la maladie, la mort…. La charrette de l’ankou qui rôde …. 

Voilà, pour terminer, ce chemin, on part bien loin des couleurs du consumérisme, avec le crayon et le bic, de Denez Prigent, on dessine des lignes brutes de la vie et de la mort, ce phare planté sur la pochette de l’album dans un  ciel sombre, qui si on le regarde longtemps finira par tourner, et rassembler toutes âmes bretonnes, comme ici, avec Yann Tiersen et Va hent, le clip qui accompagne l’album…. 

Denez« Va hent »

https://www.youtube.com/watch?v=_JBvl9zLN4A

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