On a longtemps caricaturé la télévision américaine des années Reagan en ne retenant que les familles richissimes de Dallas et de Dynastie. Et pourtant, la classe ouvrière a infiltré le paysage audiovisuel américain depuis la fin des années 1980.

Very Bad Nanny ou quand l'Amérique des fast food prend sa revanche sur les country clubs
Very Bad Nanny ou quand l'Amérique des fast food prend sa revanche sur les country clubs © Patrick McElhenney/FOX/Allocine

Romain Nigita, pour vous la série de la semaine démarre sur 6ter vendredi soir, et s'appelle Very Bad Nanny. 

Very Bad Nanny, c'est le very bad titre français de la série américaine The Mick. Une comédie irrévérencieuse que je vous recommande chaudement. L'histoire de Micky, une jeune femme impertinente et débrouillarde qui va devoir s'occuper de sa nièce et de ses deux neveux, d'affreux gosses de riches. La faute à leurs parents qui sont en cavale, car leurs magouilles financières ont fini par attiser la curiosité du fisc. Micky va donc expliquer à ces trois garnements pourris gâtés qu'ils vont devoir se serrer la ceinture. Finis les fêtes d'anniversaire somptueuses ou les week-ends au spa. Le système D est de mise. Quand l'Amérique des fast-foods prend sa revanche sur l'élite des country clubs.

On avait pourtant longtemps eu une image des séries américaines comme synonymes de luxe et glamour. Est-ce fini ?

On a longtemps caricaturé la télévision américaine des années Reagan en ne retenant que les familles richissimes de Dallas et de Dynastie. Et pourtant, la classe ouvrière a infiltré le paysage audiovisuel américain depuis la fin des années 80. D'abord via l'animation avec Les Simpson. A la même époque, deux comédies mettent en scène des familles qui connaissent des fins de mois difficiles : les Bundy dans Mariés Deux Enfants et surtout les Conner dans Roseanne. Roseanne qui faisait scandale en osant montrer une mère de famille qui travaille à l'usine tandis que son mari est maçon. Au fil des neuf saisons, ils devront régulièrement trouver de nouveaux jobs. Et quand la dernière saison les voit gagner au loto, l'ultime épisode révèle que ce n'était qu'un rêve. On est loin de la jeunesse dorée de Beverly Hills... Et au début des années 2000 la famille de Malcolm sera un peu leur descendance.

Et ça s'est accéléré depuis la crise financière de 2008 ... Depuis presque dix ans, les séries américaines regardent clairement la crise financière dans le blanc des yeux. On ne parle pas des quartiers purement abandonnés au trafic de drogue comme ceux de The Wire mais de populations déclassées, une classe moyenne qui a vu ses rêves de prospérité exploser sur l'autel des subprimes. A commencer par le chef-d’œuvre de noirceur qu'est Breaking Bad : la descente aux enfers d'un simple prof de chimie qui se découvre atteint d'un cancer des poumons. Pour laisser un pécule à sa famille, il va se lancer dans le trafic de drogue, une nouvelle carrière qui va le faire se sentir plus vivant que jamais.

Dans la comédie 2 Broke Girls - vue sur NT1 - l'une des deux héroïnes est une sorte de Paris Hilton qui aurait été la fille de Bernard Madoff, l'homme qui a arnaqué tout Manhattan. Elle se retrouve donc au bas de l'échelle, à travailler comme serveuse dans un dinner. La famille de The Middle, qu'on peut voir sur NRJ12, a une maison qui tombe en lambeaux. Et la plus réaliste de toutes est certainement Shameless, dans laquelle la famille est dirigée par la grande sœur, étant donné qu'il n'y a pas de mère et que le père est ivre en permanence. Pour aller chercher cette idée, les américains ont dû adapter une série britannique.

Et la boucle sera bientôt bouclée... Puisque de tous nouveaux épisodes de Roseanne sont actuellement en tournage pour une diffusion l'année prochaine. Tout le casting est de retour, y compris John Goodman dans le rôle du mari. La crise ne fait que commencer !

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