On ne peut pas tout montrer à la télévision, supposée être tout public. Alors comment s’y prend-t-on pour faire peur au spectateur ? De la simple tension à l'avènement du gore, petit historique de l'évolution de l'horreur dans les séries.

Malik Zidi dans "The Nox"
Malik Zidi dans "The Nox" © Rémy Grandroques / Gaumont Télévision / Canal+

La série _Nox_a commencé hier soir sur Canal+, mais le pire est à venir. Les deux premiers épisodes étaient très axés sur l'enquête policière. La suite relève du film d'horreur pur et simple.

Hier, ce n’était qu’une mise en bouche assez banale. Mais dès la semaine prochaine, la flic opiniâtre incarnée par Nathalie Baye va se perdre dans les galeries du sous-sol parisien : elle va y croiser un tueur masqué ainsi qu'un spécialiste du démembrement de cadavres. Au programme : corps suspendus à des crocs de boucher et ongles arrachés. Plongée dans la terreur, au sens propre comme au figuré. Avec des séquences qui font référence aux classiques de l’épouvante : Le Silence des Agneaux, Halloween, Massacre à la tronçonneuse ou The Descent.

On n’est pas au cinéma, on ne peut pas tout montrer à la télé, supposée être tout public. Comment s’y prend-t-on pour faire flipper le téléspectateur ?

Il y a deux écoles. 

  1. La première consiste à jouer la suggestion. Ça permet d’éviter les foudres de la censure. Dès 1959, avec _La Quatrième Dimension_, la télévision américaine va connaître une vague. Le scénariste Rod Serling plonge le téléspectateur dans un état de tension sans montrer ni cadavre, ni goutte de sang. Mais le rebondissement final de l'épisode en fait un cauchemar éveillé. 
  2. Autre école : insérer des monstres dans une fiction à première vue inoffensive… Dans un soap opera par exemple, ce que fait la série Dark Shadows entre 1966 et 1971. Imaginez Plus belle la vie version gothique avec des vampires et des loup-garous ! Johnny Depp et Tim Burton ont tellement été marqués par cette série diffusée lors des après-midis de leur enfance qu'ils en ont fait un film quarante ans plus tard.

Technique similaire : une série policière dans lequel le FBI enquêterait sur les créatures les plus horribles, au lieu de traquer de banals tueurs. X-Files ! A partir de 1993, Mulder et Scully chassent les bestioles les plus épouvantables, mais dans des épisodes structurés comme New York District avec le lieu et l'heure inscrits en bas de l'écran. 

Le gore explose avec l'avènement du câble dans les années 2000, c’est-à-dire la télé par abonnement...

Depuis 2010, The Walking Dead lâche ses hordes de zombies ultra-réalistes, dévoreurs de chairs humaines qui doivent tout à George Romero, réalisateur de La Nuit des Morts Vivants. Il avait lui-même profité du flou de la censure sur les chaînes locales au milieu des années 80 pour produire la série Histoires de l'autre monde, une version sanglante de La Quatrième Dimension.

D'autres créateurs de film d'horreur lui ont emboîté le pas. En 1988, Le réalisateur de Massacre à la Tronçonneuse lance une série présentée par Freddy Krueger, le tueur au gant bardé de lames tranchantes. En 2005, l'anthologie Masters of Horror réunit les maîtres du genre. Depuis, le gore s'est invité partout. Et ce n’est plus un tabou. 

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