"La Bombe" et "Le Jour d'Après": deux fictions majeures de la télévision britannique et américaine détournent les codes du genre pour faire passer un message contre le nucléaire.

Les récents essais nucléaires nord-coréens ne vous ont pas laissé insensible. Vous avez déniché deux exemples de fictions télé qui ont imaginé ce qui se passerait en cas d'attaque nucléaire. Ce sont deux œuvres majeures de la télévision, l'une est britannique, l'autre américaine. Elles ont un point commun : chacune détourne un format bien connu des téléspectateurs pour mieux faire passer leur message contre la prolifération nucléaire.

La première s'appelle La Bombe et date de 1963. On assiste heure par heure à ce qui se passe lorsqu'un missile atomique venu d'URSS frappe le sol anglais. Flash lumineux, onde de chaleur, radiations... L'armée brûle les cadavres. Le manque de nourriture et d'eau potable provoque des émeutes. Les survivants sont hagards, et leur regard perdu fixe la caméra. Et tout est faux... C'est l’œuvre de Peter Watkins, LE spécialiste du faux documentaire. On lui devra ensuite Punishment Park. Dans La Bombe, ces images insoutenables sont mises en scène caméras à l'épaule, comme autant de plans pris sur le vif. Ils sont commentées sur un ton très clinique par une voix off qui noie le téléspectateur sous les chiffres. Il y a de soi-disant micro-trottoirs de citoyens britanniques inconscients de la menace, entrecoupés de rapports gouvernementaux qui semblent grotesques face à l'horreur de la situation. C'est l’œuvre de Peter Watkins, LE spécialiste du faux documentaire. On lui devra ensuite Punishment Park. Dans La Bombe, ces images insoutenables sont mises en scène caméras à l'épaule, comme autant de plans pris sur le vif. Ils sont commentées sur un ton très clinique par une voix off qui noie le téléspectateur sous les chiffres. Il y a de soi-disant micro-trottoirs de citoyens britanniques inconscients de la menace, entrecoupés de rapports gouvernementaux qui semblent grotesques face à l'horreur de la situation. Tournée en 1963 pour la BBC, La Bombe devra pourtant attendre près de 20 ans avant d'y être présentée. Selon Watkins, c'est le gouvernement britannique qui a empêché la diffusion sur la télévision publique. Elle sera néanmoins projetée au cinéma à l'étranger, et remportera même l'oscar du meilleur documentaire !

Côté américain, la chaîne ABC diffuse le 20 novembre 1983 le téléfilm Le Jour d'Après. Aucun lien avec le film de Roland Emmerich sur le réchauffement. Non, il s'agit là d'une réalisation de Nicholas Meyer qui détourne la formule du film catastrophe. Ce format a fait florès dans les années 70 avec La Tour Infernale et Airport. On retrouve le principe du casting composé de vedettes. Ici ce sont Jason Robards, John Lithgow et Steve Guttenberg. Ils jouent les habitants ordinaires de Kansas City dans le Missouri. La première heure les voit vivre leur vie quotidienne. Mais on capte ça et là des bribes de flash infos à la télé et à la radio : les tensions grimpent entre l'Est et l'Ouest. Et au beau milieu du téléfilm, les missiles américains décollent tandis que les missiles russes s'abattent sur Kansas City. On ne saura jamais qui a frappé le premier. Près de 100 millions de téléspectateurs américains voient la moitié du casting mourir instantanément lors de l'explosion. L'autre moitié est irradiée et va lentement agoniser durant la deuxième partie du téléfilm. Brûlures et cheveux qui tombent, rien ne nous sera épargné. Il n'y aura aucun acte héroïque, pas de happy end. Cette deuxième heure est tellement horrible qu'aucun annonceur n'a osé y placer des spots de pub. Il y en pourtant un que ça va intéresser... C'est le président américain Ronald Reagan. Il écrira plus tard dans son autobiographie que la vision du téléfilm de Nick Meyer l'a profondément marqué. 3 ans plus tard, il signait avec Gorbatchev un accord pour limiter leur arsenal nucléaire.

_La Bombe et Le Jour d'Après : les deux sont disponibles en DVD.
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