Après un petit séjour à Dakar, Roukiata Ouedraogo fait son grand retour dans l'émission...

Alors, récemment l’occasion d’aller à Dakar s’est présentée, j’ai sauté dessus, vous pensez bien. Là-bas, le port du masque est obligatoire dans les lieux clos mais pas dans la rue. Ça fait bizarre. Au début j’avais l’impression d’être une passagère clandestine, une immigrée sans papier et que des flics allaient me tomber dessus d’une minute à l’autre. Mais non, tout s’est très bien passé et j’ai pu profiter de mon séjour tranquillement.

Et vous savez quoi mes amis ? Mon fils a mis pour la première fois les pieds en Afrique. Oh vous l'auriez vu il avait les yeux écarquillés comme ça là. Il observait tout. Tout l'impressionnait. Il sursautait dès que quelqu'un disait bonjour.

Faut dire que les sénégalais, quand ils parlent, leur langue est tellement rapide et saccadée qu’on dirait qu’ils te mitraillent avec des mots. La première fois que quelqu'un m'a dit bonjour en wolof, j'ai cru qu'il m'engueulait. Le soir de mon arrivée je suis allée au restaurant manger un bon poulet du village. Je vous jure, je n’avais rien à me reprocher, mais plus j’écoutais la serveuse me détailler la carte et plus je culpabilisais.

Nous au Burkina on est beaucoup plus lents. Si tu vas au restaurant pour manger un bon poulet la serveuse va te répondre comme ça.

_ « Du poulet ? … hin… c’est fini...

_ Ah. Bon, un poisson braisé alors

_ Du poisson braisé ? … hin… oui il y en a … mais c’est fini...

Mais que ce soit au Sénégal ou au Burkina ou partout en Afrique ce que j’adore c’est que quand tu as un enfant, il appartient à tout le monde. Et quand je dis tout le monde c’est vraiment tout le monde. De la voisine à la vendeuse de mangues, du mécanicien au menuisier, tout le monde à son mot à dire.

_ Hum le petit pleurs beaucoup la nuit ? Il y a un mauvais esprit dans ta maison. Il faut la purifier.

_ Hum le petit a mal au vendre, c’est son nombril, il faut le purger avec des plantes.

C’est pas pour rien qu'on dit chez moi, qu'un enfant est éduqué par tout un village. Ulysse est passé de mains en mains, de bras en bras, de seins en seins.

Un matin en me réveillant, je me suis souvenue que j'avais un enfant et j’ai voulu lui donner la tété. Mais il n’était plu là. Paniquée, j’ai regardé sous le lit, dans les valises, au fond du puits: pas d’Ulysse. Je l'ai finalement retrouvé trois maisons plus loin suspendue au sein d'une femme qui devait avoir 80 balais passé et dont la dernière tété datait Mathieu Zalem.

Même si c’est vrai que parfois tu cherches un peu ton enfant, c’est rassurant de savoir qu’il y a toujours quelqu’un pour s’occuper de lui.

Bon, d’accord, il y a les maris, mais objectivement, à ce stade, ils ne servent pas à grand-chose.

C’est pour ça qu’il y a toujours une tante, une grande-mère, une nièce, une cousine qui est là pour t’aider à garder ton enfant, le doucher, le nourrir et à t’expliquer comment tu dois l’élever.

Tu veux faire une sieste ? Tu peux. Tu veux faire une nuit complète sans être réveillée toutes les trois heures ? Tu peux. Ces femmes connaissent tous les secrets. Par exemple, tu veux sevrer ton enfant ? Elles vont te badigeonner le sein de nivaquine. C’est suffisamment amère pour le dégoûter de l’allaitement à vie.

Bon, le seul truc c’est que tu as un peu trop souvent l’impression que ton enfant ne t’appartient pas vraiment et qu’il est une sorte de bien collectif. Au moins, ici, en France, tu peux avoir le sentiment, en tant que maman que, pour les questions relatives à ton enfants, c’est toi qui aura le dernier mot.

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