E-cigarette
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Le plan national de réduction contre le tabagisme méconnaît la question des addictions, et les méthodes pleines de bon sens qui ont pourtant largement fait leurs preuves . Ces méthodes ne consistent pas à viser uniquement l’abstinence et l’éradication des consommations, mais aussi à réduire les risques pour ceux qui continuent de consommer.

Souvenons-nous des années 1980, et des terribles ravages que l’épidémie de sida avait provoquée chez les usagers injecteurs d’héroïne : ils se contaminaient par les échanges de seringue et ils ont été des milliers à mourir de la maladie. Or la seule alternative qui leur était proposée jusqu’alors était tout bonnement d’arrêter leur consommation de drogue. Il a fallu que certains professionnels se démènent pour faire admettre la philosophie de la réduction des risques : mettre des seringues à disposition pour éviter le partage, distribuer de la méthadone, un substitut de l’héroïne qui se consomme en flacon buvable, pour éviter les injections. Moins glorieux que l’arrêt de l’addiction, certes, mais beaucoup plus efficace : des milliers d’autres contaminations ont ainsi pu être évitées. Mais pour ce faire, il a fallu valoriser la méthadone par rapport à l’héroïne auprès des usagers.

Il faut également savoir qu’il est aussi difficile de se défaire de l’addiction au tabac qu’à celle de bien des drogues illicites. Or, nous avons à notre disposition depuis quelque temps ce qui pourrait être la méthadone des accros à la cigarette, à savoir la cigarette électronique ! Elle réduit les risques sanitaires car elle ne contient ni les résines ni les goudrons qui provoquent les cancers respiratoires. Et elle a fait ses preuves : pour la première fois, les ventes de tabac ont reculé en 2013 de plus de 8% et 500000 fumeurs se sont sevrés grâce à son usage . À tel point que la très sérieuse revue « Addiction » rend les résultats d’une vaste étude estimant que la cigarette électronique augmente de 60 % les chances d’arrêter de fumer…

Or, la cigarette électronique continue d’être diabolisée dans ce nouveau plan gouvernemental : assimilation à la consommation de tabac, interdiction dans de nombreux lieux publics, danger pour les jeunes avec le risque qu’elle devienne un porte d’entrée vers le tabagisme alors que les études montrent que le nombre de jeunes n’ ayant jamais fumé et qui adopte la cigarette électronique est infime…un dispositif qui fait reculer la consommation de tabac ne devrait pas devenir la cible d’une loi antitabac !

Qui imaginerait traiter le problème de l’alcoolisme en faisant disparaître les étiquettes des bouteilles ? L’Australie est ici un formidable terrain d’expérience puisque la neutralité du paquet y est en vigueur depuis 2012. Or les études de chercheurs australiens montrent que l’introduction de la neutralité des paquets ne modifie pas le comportement des fumeurs quant à leurs habitudes d’achat et de consommation. Son efficacité semble du même ordre que celle des images et des avertissements imposés sur les paquets et tenus pour faire peur aux fumeurs. Une fois installée l’addiction se joue de ces obstacles qui, chez les plus jeunes peuvent, paradoxalement, inciter à la prise de risque. Non, décidément, la meilleure façon de diaboliser le tabac est justement de valoriser la cigarette électronique. Or, l’assimilation permanente de la e-cigarette avec sa fausse jumelle devient une véritable campagne de désinformation, alors même que la vie de millions de gens est en jeu, et à leur insu.

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