La fameuse salle d’injection à moindre risque, baptisée « salle de shoot » qui devait s’ouvrir boulevard de la chapelle à Paris, va finalement voir le jour mais à quelques centaines de mètres de là, à l’intérieur même du site de l’hôpital Lariboisière…Serge, vous allez nous expliquer les arcanes de cette décision… ?

Ah la fameuse salle de shoot ! ce lieu où des toxicomanes les plus précaires pourront venir s’injecter leurs produits en bénéficiant d’un environnement sanitaire afin de réduire les risques d’infection et de contamination par les virus du sida et des hépatites, et de diminuer les dangers des overdoses….l’assemblée nationale avait voté le principe d’une expérimentation le mois dernier aux termes de débats houleux dans lesquels certains députés évoquaient des « antichambres de la mort » ou « un feu vert pour les paradis artificiels » …..

Je vais vous faire une confidence Guillaume : il y a déjà 20 ans, un certain nombre de professionnels dont je faisais partie réclamaient déjà l’ouverture de ce type de lieux pour endiguer l’épidémie de sida, et depuis 20 ans, comme l’Arlésienne, on nous promet leur ouverture sans qu’on ne les voie jamais venir. Pendant ce temps, ces salles se multiplient dans de nombreux pays, 13 en Suisse, 40 aux Pays Bas, 30 en Allemagne pour ne citer que les plus proches, par le simple fait que leur existence se traduit par une amélioration de l’environnement, et de la qualité de vie des riverains : réduction du nombre de seringues usagées dans la rue, raréfaction du nombre de personnes s’injectant dans l’espace public, absence d’augmentation de la délinquance…

Et quel est le principe de ce type de lieu ?

Il convient pour le comprendre de saisir une politique, je dirais même une philosophie, qui est celle de la réduction des risques en matière d’usage de drogues. Cela consiste à prendre en compte le fait que l’idéal d’éradication des drogues, qui a longtemps structuré les discours sanitaires comme l’action politique, est une utopie. Si tout le monde ne peut pas devenir du jour au lendemain abstinent, comment limiter au maximum les risques sanitaires et sociaux liés à l’usage des substances psychoactives ? Cette politique a été introduite en France au cours des années 1990, alors que l’épidémie du SIDA battait son plein. Les usagers de drogues représentaient 30 à 40 % des personnes atteintes et le partage de seringues et d’aiguilles non stériles était à l’origine de la transmission du virus. Une partie des professionnels a alors pris conscience qu’il était urgent d’offrir aux usagers qui ne pouvaient ou ne voulaient pas devenir abstinents des programmes de prévention et de prise en charge à bas seuil d’exigence : des lieux d’accueil apportant une aide à la vie quotidienne, un accès au matériel stérile d’injection et une possibilité d’orientation sanitaire et sociale. Ainsi, les programmes d’échanges de kits d’injection en pharmacie, la vente libre de seringues, la mise en place des traitements de substitution comme la méthadone ont permis une amélioration considérable. Résultat : le nombre d’overdoses a chuté de manière drastique, et les usagers de drogues ne représentent plus que 2% des porteurs du virus du sida

Et ces salles d’injection font partie du même dispositif sanitaire ?

Absolument, et c’est pour cela par exemple que la Suisse, qui a été le premier pays à le mettre en place a voté par référendum à 70% la reconduction de ce dispositif. Comme partout les résultats se recoupent en termes d’amélioration de santé mais aussi de sortie de la toxicomanie et de sécurité publique. Et pourtant que de reculades, que de renoncements chez nos dirigeants avant de se lancer dans cette expérimentation. La dernière en date : ne pas ouvrir le lieu dans la cité pour permettre une première main tendue, un premier accompagnement pour ceux qui justement ne s’adressent pas au dispositif sanitaire. La salle ouvrira en effet au sein de l’Hôpital Lariboisière, avec semble-t-il une entrée dédiée, et certainement pas avant 2016…voyons le bon côté des choses et disons que cela va calmer les inquiétudes des riverains et permettre un accès direct aux soins pour les plus marginalisés…

Aujourd’hui on a envie de dire tout simplement : « peu importe où, pourvu qu’elle ouvre » !

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