40 000 professeurs supplémentaires en 2013
40 000 professeurs supplémentaires en 2013 © Fotolia / © drivepix - Fotolia.com

Les professeurs des écoles n’ont en effet pas le moral.

Des réformes qui tardent à aboutir, une image dégradée dans la société, des salaires à la traîne, un fossé qui se creuse avec leur hiérarchie, les C’est en tout cas ce qui ressort des enquêtes rendues publiques la semaine dernière par trois de leurs syndicats représentatifs.

On y apprend que plus de sept enseignants de primaire sur dix se déclarent "stressés", "impuissants", "déçus" ou encore "en colère" vis-à-vis de leur situation professionnelle . Même s'ils restent pour la plupart fiers d'exercer leur métier (à 73%), et si la relation aux élèves et à leurs collègues leur semble de bonne qualité, 91% des sondés estiment que la profession d'enseignant en primaire s'est plutôt "dégradée" ces dernières années, et 87% des professeurs des écoles jugent leurs relations avec leur ministère insatisfaisante.

Au total, selon le SNUipp-FSU, syndicat majoritaire, à peine plus d’un quart de ces enseignants recommanderait la profession à un proche…

Par ailleurs, le changement précipité du ministre de tutelle Benoit Hamon cinq mois après sa nomination, et son remplacement par Najat Vallaud-Belkacem risque de ne pas améliorer ce constat.

En effet, quatre ministres en quatre ans, c’est un peu beaucoup lorsque l’on a le sentiment que la continuité est nécessaire pour que des réformes puissent aboutir. La réforme des rythmes scolaires concentre bien des inquiétudes. Instrumentalisée politiquement par certains élus, posant de réelles difficultés de mise en place dans certaines communes, la réforme a occupé le devant de la scène médiatique depuis des mois et occulté la fameuse priorité au primaire souhaitée par François Hollande.

Mais contrairement à ce que certains laissent entendre, le malaise des profs ne vient pas d’un rejet des réformes, ils sont tout à fait prêts à les accomplir, mais plutôt du sentiment de lassitude face aux annonces sans lendemain, par les réformes vitrine proclamées au journal de 20h et extrêmement mal accompagnées sur le terrain…

Dans ce contexte de stress et de grogne, la mobilisation d’une partie de l’opinion contre Mme Vallaud-Belkacem autour des ABCD de l’égalité apparaît bien anecdotique.

En tant que praticien, je reçois des professeurs qui rêvent surtout de davantage de considération ! Etre davantage écoutés et non soumis aux dictats des énarques conseillers polyvalents.

Ils rêvent d’enseigner à des classes de 20 à 25 élèves, et non 40, comme cela se fait partout en Europe ; ils rêvent d’en finir avec la croyance démagogique qui ferait du parent un "partenaire" voire un collègue, fondé à expertiser le niveau de son enfant et à empêcher tout redoublement ou réorientation.

Ils rêvent qu'on allège les heures de cours quotidiennes comme le recommandent les pédiatres et les pédopsychiatres pour oser privilégier le rythme cognitif des enfants. A ne pas se sentir culpabilisés au sujet des élèves difficiles ou décrocheurs pour lesquels aucun dispositif efficace de prise en charge n’est opérationnel.

Ils rêvent de pouvoir bénéficier d’une formation continue de qualité et de

se sentir valorisés par un salaire décent : les salaires des enseignants français sont inférieurs de 15% à la moyenne des pays de l’OCDE, et, à formation égale, un professeur des écoles touche 360€ de moins qu’un professeur du second degré…

Bref du pain sur la planche en cette rentrée pour que les profs retrouvent le sourire !

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