Cannabis
Cannabis © corbis

Serge, des résultats préliminaires de l’enquête sur la santé et les consommations réalisée lors de l’appel de préparation à la défense ont été rendus publics, et ont attiré votre attention pour ce qui concerne l’expérimentation et l’usage du cannabis en France… ?

En effet Guillaume, car ces chiffres sont alarmants : l’expérimentation du cannabis a connu chez les jeunes en 2014 une nouvelle progression après dix années de recul, et il s’agit d’une hausse particulièrement importante, de plus de six points. Tout augmente, la consommation ponctuelle comme l’usage régulier. Cela signifie donc pour le moins clairement que les messages de mise en garde diffusés dans les médias autour du risque de développement de maladies mentales ou d’accidents de la route n’ont pas d’influence sur les pratiques des jeunes gens.

C’est un échec du plan contre les conduites addictives annoncé fin 2013 par le gouvernement, mais surtout d’une politique portée par la France depuis plusieurs années qui privilégie une réponse binaire, pénalisation et soin, alors que la majorité des jeunes concernés ne sont ni des délinquants, ni des malades ! En se posant uniquement la question de la maladie, et non pas celle de l’usage, on passe à côté de la majeure partie des consommateurs….

Selon vous, les jeunes ne se sentent pas concernés par les dangers du cannabis ?

Si bien sûr, un petit peu, tout comme des dangers de l’alcool ou du tabac, ce qui les empêche assez peu de boire, ou de fumer. Le problème est que autant à un moment les risques du cannabis ont été banalisés, autant ces dernières années dans les médias et du côté des pouvoirs publics, il n’a été question que des dangers. Or être menacé de prison ou de schizophrénie, ça ne marche pas dans la mesure où l’énorme majorité des jeunes qui fument ne deviennent pas schizophrènes et ne finissent pas en prison.

Si la prévention se résume à une intervention annuelle faite par un monsieur qui vient dans une classe avec une mallette en déclarant : « le cannabis, c’est interdit parce que c’est dangereux, et c’est dangereux parce que c’est interdit », cela ne suffit pas !

Il faut aller davantage vers pourquoi les jeunes fument, à quoi ça leur sert, pour approcher plus finement les modes d’usage, les significations diverses des consommations sans les diaboliser systématiquement

Et quelles pourraient être les initiatives et les dispositifs qui pourraient se mettre en place ?

Et bien il y a des dispositifs qui ont fait leur preuve à l’étranger comme le SFP, une méthode d’intervention auprès des familles, déployé dans 22 pays, qui renforce leur compétence sur ces questions. Ou des dispositifs d’intervention précoce qui visent à entrer le plus tôt possible en contact avec les consommateurs, avant qu’ils en soient arrivés à consulter un spécialiste.

Et surtout reconsidérer la fameuse loi de 1970 sur les stupéfiants qui a fait la preuve de son inefficacité. Une réflexion que refusent d’engager les responsables politiques de droite comme de gauche.

Soyons clair : le cannabis est un fléau chez de nombreux jeunes dont il transforme le cerveau en éponge, et tout le monde souhaite endiguer l'explosion de la consommation chez les adolescents en pleine construction psychique. Mais il faut aussi prendre conscience que l’interdiction et la répression n’ont que peu d’impact sur le niveau de consommation. Il y a moins de jeunes fumeurs de joints en Hollande où la consommation personnelle est tolérée, qu'en France où elle est sanctionnée. Seules les véritables politiques d’information et de prévention ont un impact sur les consommations. Le nombre de consommateurs réguliers de cannabis baissait sensiblement entre 2002 et 2007 lorsque la MILDT menait de telles campagnes. En 2011, avec l’apologie du tout répressif, le taux de consommation a sensiblement remonté. Ce ne sont pas l’interdiction et la prohibition qui font baiser l’usage, mais plutôt une meilleure prise en compte des modes de consommation, bref, un dispositif social et sanitaire plus qu’un dispositif répressif inefficace.

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