En mettant dans le même panier la loi sur le mariage pour tous, la gestation pour autrui (GPA) et la procréation médicalement assistée (PMA) les organisateurs de la Manif ont en effet réussi à créer une confusion entre deux réalités qui ne se superposent pas : celle de l’infertilité d’une part, et celle de la filiation homoparentale d’autre part.

Il me paraît nécessaire de rappeler que ce sont les couples hétérosexuels, composés d’un homme et d’une femme, d’un futur père et d’une future mère, qui ont, dans une écrasante majorité, recours aux PMA et éventuellement à la GPA. C’est à dire qui ont recours à des tiers procréatifs, des personnes pleine de bonnes intentions qui, par l’intermédiaire d’un don de spermatozoïde, d’ovule, d’embryon ou de gestation, vont permettre à un couple d’avoir le bonheur de mettre un enfant au monde. Les couples homosexuels rentrent dans ces situations particulières de la procréation, ni plus ni moins que ces autres couples.

Confondre GPA, PMA et homoparentalité revient tout bonnement à désigner les personnes homosexuelles comme les boucs émissaires de toutes les dérives de la société, ce à quoi, du reste, ils sont malheureusement habitués depuis la nuit des temps !

Le moins que l’on puisse dire est que le premier ministre s’est prêté au jeu de la confusion. Alors qu’il était favorable à la GPA en tant que candidat à la primaire socialiste de 2011, Manuel Valls affirme aujourd’hui qu’il « s’agit d’une pratique intolérable de commercialisation des êtres humains et de marchandisation du corps des femmes ». Certes, seuls les imbéciles ne changent pas d’avis, mais tout de même, il est intéressant de constater que notre premier ministre lui-même, suit les atermoiements de l’opinion sur cette délicate question.

Car il faut bien le dire, la question de la GPA conjugue le meilleur et le pire, l’enfer et le paradis, à l’image de ces deux reportages que l’on a pu voir se télescoper sur nos chaînes de télévision.

L’un d’eux montrait une jeune femme canadienne, déjà mère de deux enfants. Elle vit dans une maison coquette, son mari gagne bien sa vie, et elle décide en toute conscience de porter un enfant pour une autre femme. Nous la retrouvons peu après l’accouchement et nous l’entendons nous dire à quel point ce jour a été le plus beau jour de sa vie, comment elle a éprouvé le bonheur inouï de permettre à une autre femme, devenue son amie, d’accéder à la maternité. Elle s’est, dit-elle, sentie « devenir immense » d’accomplir un acte qui donnait encore plus de sens à son existence.

Et non car nous voyons un autre reportage tourné en Inde. Dans une ville baptisée « capitale du ventre », une quarantaine de femmes proches du terme sont hébergées dans une usine à bébés où pour la somme de 3000€ elles portent des enfants, souvent des jumeaux, pour des futurs parents de tous les pays du monde. Un commerce en pleine expansion dans un pays où des millions de femmes vivent en dessous du seuil de la pauvreté. Certaines d’entre elles traînent un insupportable baby blues en évoquant ce bébé inconnu, escamoté dans les secondes qui ont suivi l’accouchement.

Ces deux réalités existent mais la GPA n’est pas toujours un esclavage moderne, loin s’en faut. Il existe des « GPA éthiques », qui sont des aventures humaines merveilleuses, et des dons extraordinairement valorisants pour la femme qui porte l’enfant. Si des pays comme le Canada, la Belgique, le Royaume Unis, et bien d’autres, l’autorisent, c’est justement pour pouvoir l’encadrer, pour protéger l’ensemble des protagonistes, et éviter les dérives financières.

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