La semaine dernière Caitlyn Jenner, ex-Bruce Jenner, a fait la couverture du Vanity Fair américain, en guêpière ivoire, avec pour seule mention : « appelez-moi Caitlyn » une photo, Serge, qui a semble-t-il enflammé la planète ?

Et quelle photo, Guillaume, l’objectif magique d’Annie Leibovitz et quelques milliers de dollars de chirurgie esthétique sont parvenus à transformer cet ex-champion olympique de décathlon de 65 ans, ce père de famille athlétique, en vamp, en femme fatale irrésistible… ! Résultat : une avalanche planétaire d’articles, de commentaires et de tweets et plus de 2 millions de followers sur twitter, bien plus que Mr Barak Obama lui-même. Avec partout le même embarras : comment faut-il nommer cette nouvelle créature, faut-il dire « Bruce », « ex-Bruce », « lui », « il » ou sauter à pieds joints dans sa nouvelle vie en adoptant un « elle » de bon aloi et en la rebaptisant tout bonnement Caitlyn puisque c’est sa volonté. Le moins que l’on puisse dire en tout cas à la lecture de ces réactions, c’est que tout le monde, ou presque, s’est pris les pieds dans les articles et les pronoms. Et que partout revient cette lancinante question : cette personne est-elle le beau-père ou la belle-mère de Kim Kardashian… ?

Caitlyn Jenner donne en tout cas une visibilité nouvelle aux personnes transgenres dont le destin de part le monde n’est pas aussi scénarisé ?

En effet, si Catlyn a orchestré son passage à l’état de femme comme une vaste campagne publicitaire calibrée pour les médias, elle a permis au président Obama, décidément bon joueur, de lui adresser ce message : « vous êtes du bon côté de l’histoire, une histoire qui compte dans la lutte pour la reconnaissance des droits des personnes LGBT, partagez-là ! »

Lorsqu’elle se confie ainsi : «Bruce a toujours dû mentir. Il y avait toujours cette vie dans le mensonge. Chaque jour un secret, du matin jusqu’au soir. Caitlyn n’a pas de secrets. », elle exprime le ressenti de millions de personnes transgenres de part le monde qui vivent dans la dissimulation, le rejet, le mépris, la violence, les tracasseries administratives. Des personnes qui doivent de par la loi mutiler leur corps pour changer d’Etat Civil, qui se voient menacées de retrait ou de restriction de leur autorité parentale.

Les Trans encore aujourd’hui provoquent notre modèle sociétal en bouleversant les certitudes acquises sur la différence homme/femme, sur le genre et le sexe biologique. Ils jettent – pour reprendre le mot de la philosophe Judith Butler – un « trouble » dans une société qui a besoin de repères fixes, ils révèlent crument ce ballet bien réglé de rose et de bleu que nous jouons et rejouons indéfiniment. Et Catlyn Jenner avec son parcours fracassant permet de se poser cette question : doit-on forcer des êtres humains à se conformer à tout prix à un habit qui les plonge dans la dépression et le suicide, ou la société doit-elle admettre une plus grande fluidité dans le genre?

Et de fait, Serge, la sympathie que semble rencontrer cette héroïne de téléréalité semble indiquer que le grand public est de plus en plus ouvert à ce type de questionnement ?

Et oui car nous sommes dans un monde où l’on a de moins en moins envie de se résigner à une destinée à laquelle notre naissance pourrait nous cantonner : quelle que soit notre race, notre religion, notre milieu d’origine, nous cherchons à bousculer les repères, à créer notre vie, à forger notre destin ; de la même façon chacun sent confusément qu’il peut inventer son identité d’homme ou de femme, que chacun héberge des éléments autrefois baptisés masculins et féminins et qui sont tout bonnement universels.

Si tout le monde ne souhaite pas changer de sexe, loin de là, chacub peut se sentir questionné sur la manière dont il investit sa masculinité et sa féminité. Et en ce sens, Catlyn Jenner fascine lorsqu’elle va au bout de ce questionnement…un questionnement qui au fond ne nous est pas totalement étranger.

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