Serge, vous allez aujourd’hui revenir sur le cas d’Andreas Lubitz dont l’acte suicidaire et meurtrier, a embrasé la planète, et a particulièrement excité l’attention des psys de tous bords…vous voulez ajouter vos hypothèses diagnostiques à ce concert de réactions… ?

Et bien plus précisément Guillaume puisque du temps s’est un peu écoulé depuis l’acte insensé de ce jeune pilote qui a précipité son avion et ses 149 passagers contre une montagne des Alpes, essayons, sans mauvais jeu de mots, de reprendre de la hauteur, pour tenter de faire le point sur cette tragique histoire. Car le mystérieux cerveau d’Andreas Lubitz a aussi révélé la schizophrénie d’une discipline écartelée entre les molécules et la psyché, les neurotransmetteurs et la parole. Toute la nosographie a été convoquée autour de son acte : la perversité, la responsabilité des médicaments par le biais de la levée de l’inhibition liée aux antidépresseurs, le burn-out à travers la révélation d’une relation pathologique et idéalisée à un travail aux conditions d’exercice stressantes et contraignantes, la psychose mélancolique et le rêve effondré de mourir avec l’objet de son plaisir, le suicide altruiste lié à un désespoir sentimental, sans oublier l’état modifié d’une conscience crépusculaire évoquée depuis l’hôpital militaire du Val de Grâce…. Et par dessus tout cela, les commentateurs n’en finissent pas d’incriminer d’un côté la responsabilité strictement personnelle du pilote devant déboucher sur un renforcement de la surveillance psychologique et médicale du personnel aérien ou la violence psycho-sociale de nos sociétés qui génère inévitablement la folie criminelle…

Et si au lieu de faire le malin en vous gaussant de tous vos confrères vous nous donniez votre avis à vous sur le psychisme de cet homme… ?

En bon Normand que je suis, je dirais que la plupart de ces hypothèses ont un sens mais que certaines sont plus problématiques que d’autres…

Si Lubitz peut avoir une propension à la dépression, un chagrin d’amour, une auto-dépréciation liée à une baisse de son acuité visuelle signant l’arrêt de sa carrière, une perte de l’estime de soi faisant qu’une mort retentissante apparaisse comme la seule issue, ainsi que des pressions professionnelles, et une certaine souffrance au travail, tout un chacun n’assassine pas 149 personnes en se suicidant en dehors d’un contexte de guerre et tout en déclarant : « je vais faire quelque chose qui va changer le système. Tout le monde connaîtra mon nom. » Nous sommes dans le cadre d’un acte délirant, d’un sentiment de mégalomanie, d’une revendication paranoïaque à la reconnaissance, d’une tentation de toute-puissance décuplée par le côté « seul maître à bord après Dieu ». Tel Erostrate qui brûla le temple d’Artémis, une des sept merveilles du monde, pour accéder à la gloire, il veut se faire connaître à tout prix, serait-ce à titre posthume. Et on peut dire qu’il a réussi en suscitant à lui seul 33 700 000 résultats sur Google !

Et bien plus précisément Guillaume puisque du temps s’est un peu écoulé depuis l’acte insensé de ce jeune pilote qui a précipité son avion et ses 149 passagers contre une montagne des Alpes, essayons, sans mauvais jeu de mots, de reprendre de la hauteur, pour tenter de faire le point sur cette tragique histoire. Car le mystérieux cerveau d’Andreas Lubitz a aussi révélé la schizophrénie d’une discipline écartelée entre les molécules et la psyché, les neurotransmetteurs et la parole. Toute la nosographie a été convoquée autour de son acte : la perversité, la responsabilité des médicaments par le biais de la levée de l’inhibition liée aux antidépresseurs, le burn-out à travers la révélation d’une relation pathologique et idéalisée à un travail aux conditions d’exercice stressantes et contraignantes, la psychose mélancolique et le rêve effondré de mourir avec l’objet de son plaisir, le suicide altruiste lié à un désespoir sentimental, sans oublier l’état modifié d’une conscience crépusculaire évoquée depuis l’hôpital militaire du Val de Grâce…. Et par dessus tout cela, les commentateurs n’en finissent pas d’incriminer d’un côté la responsabilité strictement personnelle du pilote devant déboucher sur un renforcement de la surveillance psychologique et médicale du personnel aérien ou la violence psycho-sociale de nos sociétés qui génère inévitablement la folie criminelle…

Et si au lieu de faire le malin en vous gaussant de tous vos confrères vous nous donniez votre avis à vous sur le psychisme de cet homme… ?

En bon Normand que je suis, je dirais que la plupart de ces hypothèses ont un sens mais que certaines sont plus problématiques que d’autres…

Si Lubitz peut avoir une propension à la dépression, un chagrin d’amour, une auto-dépréciation liée à une baisse de son acuité visuelle signant l’arrêt de sa carrière, une perte de l’estime de soi faisant qu’une mort retentissante apparaisse comme la seule issue, ainsi que des pressions professionnelles, et une certaine souffrance au travail, tout un chacun n’assassine pas 149 personnes en se suicidant en dehors d’un contexte de guerre et tout en déclarant : « je vais faire quelque chose qui va changer le système. Tout le monde connaîtra mon nom. » Nous sommes dans le cadre d’un acte délirant, d’un sentiment de mégalomanie, d’une revendication paranoïaque à la reconnaissance, d’une tentation de toute-puissance décuplée par le côté « seul maître à bord après Dieu ». Tel Erostrate qui brûla le temple d’Artémis, une des sept merveilles du monde, pour accéder à la gloire, il veut se faire connaître à tout prix, serait-ce à titre posthume. Et on peut dire qu’il a réussi en suscitant à lui seul 33 700 000 résultats sur Google !

Or, c’est comme si les mots « psychose », « délire », « folie » avaient disparu du vocabulaire commentant son acte et que seules la dépression, terme fourre tout, et la tentative de compréhension de ses motivations étaient au premier plan, alors que même si un délire a du sens, il reste un délire, c’est à dire qu’il échappe à toute rationalisation.

Et au fond quelles leçons retenez-vous de cette triste histoire ?

Première leçon : même si les diagnostics psychiatriques ont une grande part de relativité, on ne doit en aucun cas mettre dans le même panier les problèmes psychologiques, les dépressions et les maladies mentales.

Deuxième : il faut se méfier des bêtises qui ont été proférées sur le danger des antidépresseurs : toutes les études sérieuses montrent qu’ils diminuent les risques de suicide plutôt que de les majorer.

Enfin, s’imaginer à la suite de ce drame que renforcer le contrôle médico-psychologique des individus responsables au moyen de tests de détection supposés infaillibles va résoudre le problème est une inanité : cela ne ferait que renforcer la dissimulation et l’auto-exclusion de personnes qui ont besoin d’être écoutées, et qui cherchent la mort parce qu’on ne leur donne pas la moindre chance d’entrer dans le monde des vivants en leur permettant de se soigner convenablement.

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