En ce moment, au Japon, le pays le plus robot friendly du monde, les projets commerciaux et scientifiques et les partenariats industriels convergent vers une plus grande robotisation de la société. Dans ce pays où la main-d’œuvre s’est réduite du fait du vieillissement accru de la population, tout converge pour que des robots deviennent de véritables partenaires, susceptibles de remplacer l’homme dans certaines tâches, surtout les plus dangereuses ou les plus épuisantes.

Mais pour Masayoshi Son, déjà géant des télécommunications mobiles, il ne s’agit plus de simples machines-outils, de bras articulés perfectionnés ou d’appareil automatisés dignes des années 1960. Son big-bang robotique repose sur de nouvelles créatures autonomes, connectées en réseau, capable d’apprendre, d’analyser des émotions et de transmettre des savoirs . En travaillant de mieux en mieux à la ressemblance homme/robot, en forgeant des créatures troublantes d’humanité capables de décrypter vos émotions et de s’y adapter, il s’agit, selon ses propres mots, de donner naissance à un « membre de la famille porteur d’émotions positives ». Du reste, un des pionniers en la matière, Hiroshi Ishiguro, s’est lui-même cloné un robot qu’il affirme envoyer à sa place en conférence à l’étranger !

Je suis d’ailleurs pour ma part, totalement fan de cette série « Real Humans » qui nous plonge dans un monde où des robots androïdes intégralement à notre image, et baptisés « hubots » peuplent la terre à nos côtés. Les humains deviennent totalement dépendants de ces créatures qui s’occupent de tous les aspects pratiques de leur existence et à qui ils confient la responsabilité de leur foyer ou la garde de leurs parents. Cette série va beaucoup plus loin dans le trouble qu’elle suscite, car ces robots nous ressemblent tellement que se pose vite la question : « c’est quoi, être un humain ? ». N’avons-nous pas fait nous aussi l’apprentissage cognitif progressif du décryptage des émotions des autres pour comprendre les nôtres ? N’avons-nous pas appris à aimer, à désirer, à avoir peur, à être heureux ? Peu à peu nous nous sentons révoltés que ces machines puissent être maltraitées ou utilisées comme esclaves sexuels, et nous trouvons plutôt naturel que se lient des histoires d’amitié, voire d’amour avec des créatures faites de métal et de boulons….après tout, une créature de rêve qui ne vieillit pas, qui vous aime inconditionnellement, qui devine vos pensées et décrypte vos émotions, qui ne vous contredit jamais, et que vous pouvez éteindre à votre guise, c’est plutôt tentant… !

Des chercheurs de l’université de Duisbourg, en Allemagne, ont fait une présentation à la 63e conférence annuelle de l’association internationale de communication à Londres. Ils ont fait des batteries de tests à partir du visionnage de scènes dans lesquelles un petit robot figurant un dinosaure était tour à tour câliné et maltraité. Tous les sujets sont éprouvés par les scènes de mauvais traitements, ça se vérifie par l’activation de leurs structures limbiques, dans le cerveau, là où se niche l’empathie. Car c’est bien sûr l’empathie, sentiment humain s’il en est, qui nous permet de sentir, d’éprouver à la place de l’autre. Et aussi de projeter sur lui nos propres ressentis, ce que nous faisons volontiers sur nos enfants comme sur nos animaux familiers ! Nous projetons sur l’autre le meilleur, comme le pire, de nous-même. C’est pourquoi l’amour inconditionnel d’un robot, aussi sexy soit-il, nous paraîtra bien fade, manquant de ce piment terriblement humain qu’est l’ambivalence, lorsque l’amour se fond dans la haine, l’envie, la peur, la jalousie, la rivalité… Je terminerai sur une enquête publiée par le Huffington Post qui nous apprend que seuls 31% des américains interrogés estiment que faire l’amour avec un androïde n’équivaut pas à tromper son partenaire, ce qui en fait deux sur trois qui le pensent … !

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