Serge, le Tribunal de Grande instance de Nantes vient d’ordonner d’inscrire dans l’Etat Civil trois Français nés d’une gestation pour autrui à l’étranger, une nouvelle avancée pour ces enfants baptisés « fantômes de la république » et à qui la nationalité française était refusée… ?

En effet Thomas, un pas vient à l’évidence d’être franchi : en mars, le parquet de Nantes, compétent en matière d’Etat civil pour toute la France, s’était opposé à la transcription dans l’état civil français des actes de naissance de ces trois enfants. Le tribunal vient de l’enjoindre à procéder à cette transcription et de surcroit à verser 1000€ de frais d’avocat aux familles. Cette décision n’est qu’une simple application de deux arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme qui prônent le respect de l’intérêt supérieur de l’enfant. La GPA, quant à elle, reste et restera sans doute longtemps interdite en France.

Cette injonction du TGI de Nantes a immédiatement provoqué la colère des opposants à la pratique de la gestation pour autrui et une tribune réclamant son arrêt immédiat, signée par de nombreuses personnalités a été publiée dans le journal Libération la semaine dernière…

Et sur quels arguments se fonde cette tribune ?

Ce qui est nouveau dans cette tribune est que au-delà des principes éthiques que personne ne conteste concernant la marchandisation des corps et l’exploitation des femmes les plus démunies, des arguments inédits sur les risques médicaux sont avancés dans la plus grande confusion en mélangeant sans la moindre nuance le sort promis à celles qui donnent ou vendent leurs ovocytes (« torsion ovarienne », « kyste ovarien », et « dans un certain nombre de cas la mort ») à celui des femmes dites « mères porteuses » (hypertension, prééclampsie) et des enfants qui encourent malformation, décès à la naissance etc. Une tribune qui n’est signée par aucun obstétricien et que le professeur Olivennes, spécialiste de l’infertilité, qualifie de tissu de mensonges et d’aberrations.

Rappelons tout de même que le don d’ovocytes a permis la naissance de dizaines de milliers de bébés de par le monde. On peut s’opposer à la GPA sans agiter des peurs inutiles

Mais tout de même, l’hostilité à la gestation pour autrui rallie une bonne partie de l’opinion publique

Et on peut le comprendre, car personne ne souhaite que le corps des femmes soit exploité et que, comme cela se produit déjà, des pays pauvres fournissent pour quelques sous des femmes qui vont porter des enfants, bien souvent des jumeaux, pour les couples aisés des pays plus riches. C’est justement pour lutter contre cette marchandisation des corps que des pays comme le Canada, la Belgique, le Royaume Uni et bien d’autres, ont pris la décision courageuse d’encadrer la pratique des gestations pour autrui, afin qu’elles se déroulent dans des conditions éthiques et que cette pratique de don et d’échange soit valorisante pour la femme qui porte l’enfant comme pour le couple souffrant de stérilité, tout en évitant les dérives financières. Il s’agit alors d’une aventure humaine dans laquelle les relations affectives sont au premier plan.

Penser que l’interdiction constitue une protection est une erreur tragique. Voyez par exemple ce qu’il en est pour la prohibition du cannabis : la France est un des pays les plus interdicteurs, et aussi celui où la consommation de ce produit est parmi les plus élevées d’Europe. La prohibition est une fausse sécurité, une posture d’autruche qui se met la tête dans le sable en se disant « puisque c’est interdit, ça n’existe pas et ça n’aura pas lieu ». L’interdiction augmente les pratiques clandestines, et incite des couples à se rendre à l’étranger en mettant pour le coup des femmes et les futurs enfants en danger, et en favorisant des réseaux d’intermédiaires véreux.

Et plutôt que de multiplier les anathèmes et les situations d’exclusion, pensons avant tout, comme le tribunal de Nantes nous y autorise, à protéger juridiquement les 2000 enfants nés par GPA qui se trouvent actuellement sur le sol français.

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