Le viol et le meurtre de la petite Chloé à peine âgée de neuf ans nous a tous plongés dans l’horreur absolue…une nouvelle affaire d’agression pédophile qui s’ajoute à la longue liste des prêtres ou des directeurs d’école qui sont passés à l’acte ces derniers temps… une occasion pour vous, Serge, de revenir sur l’épineuse question de la pédophilie … ?

En effet Guillaume on a le sentiment qu’il n’y a pas un mois, pas une semaine sans que de nouveaux faits ne viennent révéler les agissements pédophiles de prêtres, d’éducateurs, de médecins, d’instituteurs, quand il ne s’agit pas de membres de la famille. Le poison de la suspicion s’infiltre partout et il est difficile de s’y retrouver entre l’inflation médiatique et la réalité du danger pédophile.

Tous les adultes qui ressentent une attirance sexuelle pour des enfants ne sont pas des Dutroux, des psychopathes dangereux ou des meurtriers en puissance, loin de là. La pédophilie, c’est d’abord un fantasme, une excitation sexuelle pour le corps d’un enfant prépubère. Si ces fantasmes sont plus répandus qu’on ne le croit, la plupart des pédophiles ne passent pas à l’acte car ils sont suffisamment structurés psychologiquement pour s’interdire de le faire.

Ceux qui agissent leur attirance ont souvent été eux-mêmes agressés dans leur enfance et ont connu une puberté marquée par l’inhibition et la frustration. Le passage à la sexualité adulte a du mal à se faire, en gros, ils veulent continuer de jouer au docteur. Proches de l’enfance ils savent que les enfants sont volontiers séducteurs et excités de découvrir la sexualité adulte, et ils se font une fausse idée de ce qui se passe dans la tête de leur proie…

Pensez vous donc qu’il vaut mieux soigner qu’incarcérer ?

Bien sûr il faut punir sévèrement ceux qui passent à l’acte et encore plus impitoyablement ceux qui commettent des crimes. Il faut savoir à cet égard que, contrairement aux propos des discours sécuritaires entendus autour du drame de la petite Chloé, 80% des pédophiles qui ont été incarcérés ne récidivent pas. Mais que le pronostic est bien meilleur si la punition se conjugue avec une prise en charge thérapeutique qui est en France à l’état un peu embryonnaire. Ce travail thérapeutique doit aider les sujets à mieux identifier leurs fantasmes pour pouvoir se mettre à distance de l’emprise qu’ils exercent sur leur volonté, à mieux comprendre ce qui se passe dans la tête des enfants pour apprendre à les protéger. Un travail qui se fait le plus volontiers en groupe pour profiter des avancées et des réflexions de ceux qui ont plus de sens critique et de maturité qu’eux

Et du côté des enfants, comment faire en sorte qu’ils soient vigilants, et qu’ils apprennent à se défendre ?

Soyons clair : l’immense majorité des actes de pédophilie ne sont pas commis par d’horribles prédateurs sexuels dissimulés dans un fourré mais par des personnes de confiance qui font partie de l’entourage de l’enfant. Et en premier lieu son cercle familial élargi (c’est la moitié des agressions sur mineur), suivi de l’entourage scolaire, éducatif et des loisirs. Ces pédophiles de proximité sont rarement agressifs, ils sont connus et estimés par l’enfant, et ils vont jouer de sa curiosité et de sa naïveté. Les actes de pédophilie s’apparentent à l’inceste car pour l’enfant, l’adulte est une représentation du parent, celui qui peut user de son autorité et faire jouer les liens affectifs. Il ne s’agit donc pas de dresser à l’enfant un profil type du grand méchant loup dissimulé sous les atours de la brebis, et de développer chez lui une terreur du monde environnant.

Il faut bien davantage l’éduquer le plus justement pour lui apprendre à se sentir propriétaire de son corps. Les enfants repérés par les prédateurs sexuels sont souvent en carence affective, ou ont appris à se soumettre, à « faire plaisir » aux adultes. En outre, les enfants qui se taisent veulent protéger leur famille, et surtout, ils se sentent honteux parce qu’ils n’ont pas reçu suffisamment de messages dans leur famille concernant l’éducation sexuelle et les risques encourus. Il ne faut pas hésiter à leur expliquer la nature exacte des abus sexuels, et leur rappeler que les relations sexuelles entre adultes et mineurs sont interdites. Sans les angoisser en leur passant des messages en boucle, « ne te laisse pas faire » doit être une injonction qui leur devienne familière.

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