L’histoire du jugement de Salomon revient aujourd’hui dans l’actualité. Roi d’Israël, il eut à régler un différend qui opposait deux femmes ayant chacune mis au monde un enfant, mais dont l’un était mort étouffé. Elles se disputent le bébé survivant, et pour régler le désaccord, Salomon réclame une épée et ordonne : « partagez l’enfant vivant en deux et donnez une moitié à la première et l’autre moitié à la seconde ». Une des femmes préfère renoncer à l’enfant plutôt que de le voir mourir, et c’est en elle que Salomon reconnaît la vraie mère…

Cette parabole me vient à l’esprit autour de cette édifiante histoire actuellement en délibéré à Rennes. C’est l’aventure d’un couple qui se sépare. La jeune femme est enceinte, son compagnon l’ignore. Elle ne désire pas cet enfant, et décide d’accoucher sous X, une procédure qui, comme vous le savez, efface totalement les origines du rejeton de l’état civil. Le père, apprenant la naissance de son enfant, souhaite établir une reconnaissance de paternité. Mais il ne connaît ni la date de naissance, ni le lieu de l’accouchement, et la procédure prend plusieurs mois. Quand elle aboutit, comme dans un mauvais film à suspens, l’enfant a été placé quelques heures auparavant chez un jeune couple en vue d’une adoption, par le conseil général de Loire-Atlantique.

Le 24 avril dernier, le tribunal de grande instance de Nantes ordonne alors la restitution de l'enfant, alors âgé de un an, au père l’ayant reconnu. Mais le conseil général de Loire-Atlantique et le parquet font appel de cette décision afin que le garçonnet ne soit pas séparé du couple qui l’élève. C’est ce jugement en appel qui est en cours. L’enfant a actuellement 18 mois, et il ne fait pour lui aucun doute que ses parents sont ceux qu’il appelle au quotidien « papa » et « maman ». La semaine dernière, le procureur général s'est prononcé pour les retrouvailles entre le garçonnet et son père biologique qu’il ne connaît pas encore. La décision a été mise en délibéré au 25 novembre. L’intérêt de l’enfant est-il de vivre avec son père et de connaître sa famille? Ou de le soumettre à une rupture avec ses premières figures d’attachement et le confronter à de délétères angoisses d’abandon ?

La place de chacun me paraît légitime…. Mais plutôt que de couper le bébé en deux, peut-être vaut-il mieux multiplier les parents par deux, comme dans une famille recomposée. Les nouvelles formes de famille nous ont appris à sortir du dogme intangible « un père, une mère, pas un de plus, pas un de moins » . Pas forcément facile, je vous l’accorde mais des processus de médiation peuvent y aider.

Et surtout cette histoire invite à reconsidérer l’accouchement sous X, une spécificité de la loi française qu’il s’agit sans doute de réformer partiellement sans toucher à la liberté des femmes de choisir ou non d’assumer une maternité. La mesure figurait du reste dans le projet de loi famille qui a été finalement remisé au fond d’un tiroir.

Au fond si l’on y réfléchit, les femmes peuvent aujourd’hui grâce à la contraception, à l’avortement, à l’accouchement sous X et à la PMA avoir un libre choix de leur maternité, une profonde justice par rapport à des siècles de maternités forcées et de mise au monde d’enfants bâtards qui les précipitaient au ban de la société

Aujourd’hui, ce sont les hommes qui peuvent se voir privés d’une paternité désirée (comme c’est le cas dans ce procès de Rennes) ou obligés d’assumer une paternité qu’ils ne désirent pas (comme cela se produit dans l’affaire opposant Rachida Dati à Richard Desseigne).

Comment faire en sorte pour que la maternité comme la paternité soient avant tout un processus social basé sur la volonté et la responsabilité, là devrait se fonder un nouveau projet de loi sur la famille.

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