Une marque de vêtements pour les 5 /10 ans propose de glisser une puce dans leurs manteaux et blousons pour que les parents puissent suivre sur leur téléphone ou leur tablette tous les mouvements de leur progéniture…En tant que pédopsychiatre cette initiative me paraît tout juste navrante, et surtout contre-productive.

On ne peut que souscrire au fait que des parents cherchent à protéger leur enfant contre les vicissitudes du monde extérieur, mais de là à lui communiquer en permanence leur angoisse il y a un pas. Car au fond quel est le message transmis par cette surveillance rapprochée : tu es en danger permanent, soit de faire de mauvaises rencontres qui pourraient t’attirer là où tu ne dois pas aller, soit parce que tu es incapable de te protéger toi-même et tu es prêt à commettre toutes sortes de bêtises. Nous allons donc te protéger des autres et de toi-même.

Je pense plutôt que le rôle de tous les parents est d’apprendre à l’enfant à se protéger lui-même et à acquérir une solide confiance en lui ! Et c’est un travail qui commence depuis la naissance. Imaginez ce qui se passerait si un parent trop inquiet ou angoissé ne pouvait pas lâcher la main d’un petit qui cherche à faire ses premiers pas, et l’entourait à chaque seconde de ses bras pour l’empêcher de tomber ou de se cogner ? Il est probable que cet enfant aurait peur de tout, perdrait toute autonomie, et qui plus est, ne marcherait pas correctement ! Et quelques années plus tard, il faut lâcher le vélo, c’est tout un apprentissage qui se fait par paliers. L’adulte fait confiance à l’enfant qui apprend ainsi à se faire confiance

Le premier acte de différenciation d’avec ses parents que commet un enfant autour de l’âge de trois ans est de risquer un mensonge pour vérifier qu’ils ne peuvent pas lire dans sa tête, et deviner toutes ses pensées secrètes. C’est son droit au secret comme condition pour pouvoir penser. Toute sa vie intime, son droit à la vie privée, à la création de son espace de réflexion, vont pouvoir se mettre en place parce que ses parents ravalent leur peur et leur anxiété, détournent leur regard, et prennent le risque de la séparation transitoire.

Or cette maudite puce dit tout le contraire : mes parents ne me lâchent jamais du regard et ne me font pas confiance.

Les réseaux sociaux expliquent en partie que tant de parents trouvent normale cette surveillance rapprochée, elle est entrée dans les mœurs. Les enfants ne courent pas tant de dangers réels, il faut leur apprendre, comme depuis la nuit des temps, à ne pas suivre un gentil monsieur avec des bonbons, ou aller chez un copain après l’école sans prévenir. Les enlèvements sont aujourd’hui tout à fait exceptionnels. Pas besoin non plus de leur demander de téléphoner en arrivant, en partant et à mi-chemin…

Le vrai danger est plutôt que votre enfant trouve naturels les réseaux généralisés de surveillance, et considère comme normal que toute sa vie intime soit exposée via des photos, des vidéos ou des opinions diverses sur la toile.

Aujourd’hui, ses camarades plus âgés commencent à comprendre que chaque interaction sur un réseau peut-être exploitée. Partout se développent des phénomènes de « résistance » plus ou moins aboutis et conscientisés. Web éphémère, « pseudonymat », un mouvement de rébellion amène bon nombre d’utilisateurs, pour la plupart très jeunes, à choisir des réseaux qui ne permettent aucune exploitation des informations partagées.Si vous voulez lui faire du bien, apprenez plutôt à votre enfant le plus précocément possible à respecter et à faire respecter sa vie privée…

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