Le débat sur l’accompagnement sexuel tarifé des personnes handicapées est esquivé en France depuis des années, et justement, Serge, l’essayiste Marcel Nuss, l’un des ses plus fervents défenseurs, publie son autobiographie dans l’espoir de faire changer les mentalités sur cette délicate question…

Marcel Nuss, cet écrivain d’une soixantaine d’années est une des figures emblématiques de la lutte pour les droits des personnes handicapées. Atteint d'une amyotrophie spinale infantile, il est totalement immobilisé et souffre d'insuffisance respiratoire. Père de deux enfants, il a été marié, puis divorcé. Aujourd'hui, il vit avec une nouvelle compagne et se félicite d’avoir une vie sentimentale et sexuelle très épanouie, il lutte depuis de nombreuses années pour que l’ensemble des personnes handicapées puissent avoir la même chance que lui.

Car en effet Guillaume, comment aider des femmes et des hommes privés d’autonomie, incapables de bouger sans l’assistance de quelqu’un, et donc dans l’impossibilité d’explorer leur corps et encore moins le corps d’un ou d’une partenaire, à découvrir les sensations agréables que ce corps meurtri peut aussi leur procurer ? Et surtout comment le faire si cette personne handicapée n’est entourée que de proches (famille, amis, soignants) que ces désirs ne regardent pas et qui préfèrent ne rien en savoir ?

Et bien de nombreux pays autres que la France ont depuis longtemps répondu à cette question en ayant recours à des assistants, des aidants sexuels, qui sont formés à l’approche de la sexualité des personnes handicapées et qui sont rémunérés pour les aider à explorer leurs corps et à éprouver du plaisir.

Et quelle est justement la situation française vis à vis de cette assistance sexuelle.. ?

Et bien en France, le débat sur l’assistance sexuelle des personnes en situation de handicap est promis depuis des années mais soigneusement esquivé. Même François Hollande s’était ému de ce sujet en 2012, promettant un vrai débat public avant de se rendre compte que de tenter de réaliser le plaisir pour tous pouvait lui valoir quelques d’ennuis et d’enterrer le projet. La France reste ainsi un des rares pays occidentaux à laisser les handicapés se débrouiller avec leur solitude et leurs frustrations, le tout, comme toujours au nom du principe souverain de la « non marchandisation des corps ». Mais ce faisant, c’est toute l’invisibilité du handicap qui est encore une fois de mise. Et une condescendance paternaliste dans la manière de les considérer. Du fait de leur état de totale dépendance, les handicapés sont souvent représentés comme des enfants qu’il faut protéger de l’excitation, des anges que ne seraient habités par aucune pulsion, ou à l’inverse leur sexualité serait monstrueuse parce qu’en dehors des codes d’une sexualité dite normale.

Anges ou démons, abus ou contrainte, on préfère ne rien voir, et ne rien savoir. Résultat, l’assistance sexuelle divise, et les prestations tarifées sont assimilées à de la prostitution. Les parents, auxiliaires de vie, directeurs d’institutions qui mettraient en relation assistants sexuels et personnes handicapées risquent des poursuites pour proxénétisme.

Mais on ne peut pas faire comme si le fait de monnayer les échanges sexuels ne posait pas problème ?

Bien sûr, dans un monde idéal, il serait plus noble de permettre une ouverture de la société qui ferait que les personnes handicapées pourraient faire plus de rencontres et ne pas se sentir réduits au seul besoin sexuel à assouvir. Mais en attendant, ceux qui ont côtoyé et formé ces aidants sexuels savent qu’ils font preuve d’une grande humanité, de tact, de douceur, et d’une profonde connaissance de la sexualité dans tous ces aspects. Deux formations ont déjà eu lieu en France, et on peut parler véritablement de vocation pour les personnes qui y participent. Car c’est une pratique qui existe déjà mais dans l’ombre et en dehors de toute reconnaissance. Dans certains établissements, des contacts sont laissés à disposition des résidents. Mais en attendant le secrétariat d’Etat aux personnes handicapées ferme ses portes en déclarant : « réglementer des rapports sexuels tarifés, c’est interdit par la loi »….

Laissant comme d’habitude les parents et les accompagnants se débrouiller seuls avec cette embarrassante question…

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