100 ans après la mort de Rodin : retour sur un talent inégalé et une relation passionnée avec Camille Claudel.

"Masque de Camille Claudel et main gauche de Pierre Wissant" (1895) par Auguste Rodin, actuellement exposé au Grand Palais dans l'exposition "Rodin l'exposition du centenaire"
"Masque de Camille Claudel et main gauche de Pierre Wissant" (1895) par Auguste Rodin, actuellement exposé au Grand Palais dans l'exposition "Rodin l'exposition du centenaire" © Getty / Chesnot

Le film Rodin, présenté à Cannes, est à l'affiche depuis quelques jours. Et une biographie vient d'être publiée, consacrée à Rodin et aussi évidemment à celle à qui on ne peut pas s'empêcher de penser dès qu'on évoque, le sculpteur, c'est évidemment Camille Claudel. C'est une biographie particulière. On lit leurs lettres, celles de Camille Claudel celles d'Auguste Rodin, celles qu'ils reçoivent de leurs proches aussi. Ces lettres sont très intimes, plus intimes qu'une biographie classique, c'est un concert de de correspondances, classées par ordre chronologique, c'est une autre façon de raconter cette histoire que tout le monde connait. Claudel-Rodin l'amour, la passion, la force de travail, la haine, l'internement, une histoire racontée avec leurs mots, vue de l'intérieur en qelques sortes.

Son titre c'est "Camille / Auguste, je couche toute nue". Je couche toute nue c'est une phrase que Camille Claudel écrit à Rodin. On est en 1891 ils sont amants déjà.

Elle l'attend dans une maison qu'ils occupent en Touraine, lui raconte des choses complètement anodines « je me suis promenée dans le parc, tout est tondu, foin, blé, avoine, c'est charmant », et passant du coq à l'âne, elle dit cette chose très intime, très personnelle:

« je couche toute nue pour me faire croire que vous êtes là, mais quand je me réveille ce n'est plus la même chose.
je vous embrasse,
Camille"

Et elle termine par ses mots impérieux, "ne me trompez plus". Une référence sûrement à une autre liaison que Rodin a eu avec une autre plasticienne.

Une grande différence d'âge

Elle a 27 ans. Elle en a 20 quand ils se rencontrent. Une mineure donc aux yeux de la lois à l'époque. Ils ont 23 ans d'écart. Et leur relation est aussi puissante que leurs sculptures. Par exemple Rodin lui écrit « ma féroce amie, ma tête est bien malade et je ne puis plus me lever le matin. Ce soir, j'ai parcouru des heures sans te trouver nos endroits. Pourquoi ne m'as tu pas attendu à l'atelier ? Où vas tu ? Je n'en puis plus passer un jour sans te voir sinon l'atroce folie. Je t'aime avec fureur. »
A ce moment là, Rodin n'est pas encore le célèbre sculpteur qu'il va devenir, il a des élèves, c'est aussi comme ça qu'il gagne sa vie, et pourtant, il s'engage à ne garder que Camille. Il lui écrit et il s'engage aussi faire jouer pour elle, ses relations. Il le fit même après leur séparation.

Est ce que c'est désintéressé ? Est ce que c'est une façon pour lui d'avoir encore une emprise sur Camille qui lui échappe ? Elle devient très distante, très tranchante avec lui. Par exemple elle lui écrit de manière très formelle Monsieur Rodin, déjà cela jette un certain froid quand tu reçois une lettre de ton ex maîtresse qui commence par Monsieur !
« Monsieur Rodin, je vous remercie de votre aimable intention de me présenter au Président de la République, malheureusement, n'étant pas sorti de mon atelier depuis plus de deux mois, je n'ai aucune toilette convenable pour la circonstance ».

Rodin lui semble souffrir de cette séparation.

On peut lire aussi un extrait du journal des frères Goncourt qui parle d'un Rodin bouleversé, d'un Rodin qui pleure, il faut imaginer cette force de la nature pleurer pour une femme. Des êtres tourmentés en somme. Comment ne pas l'être quand on est artiste à ce point ?

Avant d'être des amants, ce sont des artistes.

Parce que dans ces correspondance, on peut lire aussi les comptes rendus des expositions auxquelles ils participent. Et l'écrivain Octave Mirbeau écrit des choses très belles à propos de la valse de Camille Claudel. « melle Claudel s'est hardiement attaquée à ce qui est peut être le plus difficile à rendre pour la statuaire un mouvement de danse. Pour que cela ne reste pas figé dans la pierre, il faut un art infini, Melle Claudel a possédé cet art. Enlacés l'un à l'autre, la tête de la femme adorablement penchée sur l'épaule de l'homme, voluptueux et chaste, il s'en vont, ils tournent lentement, presque soulevés au-dessus du sol ». On parle là d'une sculpture en bronze, et c'est vrai qu'elle est impressionnante.

Mais malheureusement pour elle, des Mirbeau, il n'y en a pas beaucoup, et l'originalité des œuvres de Claudel fait qu'elle peine à obtenir de bonnes critiques. Souvent on dit qu'elle s'inspire trop de Rodin, ce qui la met en rage évidemment . Cela enrage aussi Paul Claudel, le frère de Camille qui déteste les œuvres de Rodin. Il écrit que c'est un ouvrage de manant servi par un esprit retors, et desservi par une imagination naturellement morne et pauvre.

C'est pourtant ce même frère, Paul Claudel, qui fait interner sa sœur.

Avec un médecin qui s'appelle Michaux, il signe l'ordre d'internement. Il est terrible cet ordre. Il évoque une femme qui vit recluse en haillons qui ne sort que la nuit. Qui est sale, qui vit dans la terreur constante de ce qu'elle appelle la bande à Rodin, qu'elle est un danger pour elle même parce qu'elle ne se nourrit plus. Et en effet, elle est internée en 1913, elle restera en asile 30 ans jusqu'à sa mort ! Et Rodin lui meurt en 1917, au sommet de sa gloire, juste après sa femme, à 77 ans.

Le livre

"Je couche toute nue camille / auguste" des correspondances, des journaux, des carnets, mis en forme par Didier le fur et Isabelle Mons publié aux éditions Slatkine et cie.

Le film

"Rodin" de Jacques Doillon avec notamment Vincent Lindon, Izïa Higelin et Séverine Caneele sorti le 24 mai 2017.

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