La vie de Casque d'Or, immortalisée par Simone de Signoret, dans le film de Jean Becker. Un film qui prend pas mal de libertés. Voici l'histoire vraie de Casque d'Or.

Amélie Elie, alias Casque d'Or
Amélie Elie, alias Casque d'Or © Sipa / MARY EVANS

Dans ce très beau livre d'Alexandre Dupouy, "Casque d'or : une histoire vraie".

Tout d'abord, Casque d'Or s'appelait Amélie Elie. A la belle époque, qui n'est pas belle pour tout le monde, Amélie tombe assez jeune dans la prostitution. Lolita avant Nabokov. A 10 ou 11 ans selon la légende, alors que l'on s'entende bien, ce n'est du sexe tarifé à cet âge là, mais certains vieux messieurs payaient des jeunes filles pauvres pour s’asseoir à côté d'eux. Plus tard, elle a vendu des fleurs. A l'époque, vendeuse de fleurs dans la rue, c'était synonyme de prostitution. Dans la rue, parce que même si les maisons closes existaient, elles étaient évidemment interdites aux mineures.

Et un jour, un jour, elle rencontre un certain Manda. Un jeune gars avec déjà un sacré pedigree ! Première condamnation pour vol à 12 ans. Très doué aussi : avec un rien il fabrique des fausses clés, des petites scies, très habile des ses mains, à tel point que , quand il est arrive au bagne, à Cayenne, on l'envoie au service chirurgie. Tu sais te servir des tes mains, tu feras infirmier ! Et Amélie tombe amoureuse ! C'est le premier Apache à son tableau de chasse. A l'époque, les bons bourgeois de Paris appellent ces bandes de jeunes les Apaches comme les indiens parce que l'on compare la zone, où ils vivent, au Far west. Manda, c'est le chef de la bande des Orteaux, du nom d'une rue à Paris. Un maquereau tout simplement : très tendre au début, il met Amélie sur le trottoir, puis il finit par la délaisser...

Elle, elle rêve d'un amour quand même un plus à l'écoute. C'est là qu'elle rencontre Leca, le chef d'une autre bande, celle de Popincourt, une autre rue de Paris. Lui aussi c'est un dur, il a fait le bataillon africain, c'est à dire qu'il a été envoyé se battre en Afrique, histoire de l'éloigner de la France. Il est revenu avec plein de tatouages. Et Amélie adore les tatouages... La voilà au bras de Leca. Et ça Manda ne le supporte pas !

Et ce qui était jusqu'à présent un vaudeville devient un polar. Un jour, Manda les croise dans la rue, il les agresse à coups de couteau. Il est arrêté mais comme il y a un code entre bandes, on ne parle pas aux flics, Leca ne le dénonce pas, Manda est relâché. A peine une semaine après, une bataille rangée oppose les deux bandes, les Orteaux contre les Popinc. En plein Paris, c'est règlement de compte à Ok Corral, on sort les couteaux, on se tire dessus... Leca est blessé de plusieurs balles. La presse s'empare de l'histoire. Elle découvre que ces deux bandes se battent parce qu' il y a une femme, Amélie Elie, une prostituée qu'on surnomme Casquette. Casquette, ce n'est pas vendeur pour les journalistes. Alors ils optent presque d'un commun accord pour Casque d'or. C'est plus visuel, plus graphique comme on dit aujourd'hui à la télévision.

Quand Leca sort de l’hôpital, on vient juste de lui retirer les balles qu'il avait dans le corps. Il est dans un fiacre et là, Manda et sa bande l'attaque à nouveau ! Coup de couteau dans la poitrine ! Et dans la presse, ça devient du délire ! On suit Amélie Casque d'or chez elle, on frappe à sa porte, on l'interroge : lequel aimez vous le mieux Manda ou Leca ? Elle répond, et sa phrase est formidable : "peut on jamais savoir ces choses là ?"

"Le petit parisien", "Le Gaulois", "Gil Blas", tous les journaux parlent de Casque d'or et Henri Frémont décroche le pompon : la rédaction des mémoires pour le journal "Fin de Siècle". Des photos sont publiées. Sur certaines on peut voir Amélie seins dénudés. Et ce titre : Casque d'or la célèbre gigolette... Mais comme tous les emballements médiatiques, ça finit par se dégonfler. D'abord Leca et Manda sont envoyés au bagne à Cayenne. L'Etat s'est débarrassé des Apaches gênants. Elle tente de profiter de sa gloire. Un forain opportuniste a une bonne idée : lui faire dompter les lions. La Goulue l'a bien fait en déclarant qu'il n'est pas plus difficile de dompter un lion qu'un homme... Mais le Préfet, garant des bonnes mœurs, interdit la représentation. Et puis, on oublie Amélie Elie qui se marie et finit bonnetière à Montreuil et aux Lilas sur les marchés.

"Casque d'or : une histoire vraie" aux Editions la Manufacturede livres avec de belles photos d'époque, mais aussi des lettres exclusives qu'Alexandre Dupouy a retrouvé comme par exemple, celles d'Amélie et son amant qui était en prison.

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