Une biographie, en résonance avec l'actualité. On a parlé de l'Allemagne cette semaine, avec la présence d'Emmanuel Macron à Berlin.

Photo du film "La belle ténébreuse" de Fred Niblo avec Greta Garbo
Photo du film "La belle ténébreuse" de Fred Niblo avec Greta Garbo © Getty / General Photographic Agency

Là, c'est un autre genre de rapprochement franco-allemand que je vais évoquer.

Comment un gradé de l'armée allemande et une jeune femme française, enrôlé dans les services secrets, se sont battus contre les nazis ?

C’est une histoire qu'on lit dans cette biographie, signée Marie Gatard, journaliste, écrivain, et spécialiste des histoires de renseignements avec "La source MAD : services secrets : une Française de l'ombre et un officier de l'armée allemande unis contre le nazisme", MAD comme Madeleine. Madeleine Richou-Bihet vivait à Vienne au moment de l'annexion, c'est une jeune femme de 32 ans, divorcée, une rareté pour l'époque, et qui raconte déjà son caractère indépendant. D'ailleurs ce fort caractère l'amène à l'espionnage, un peu malgré elle, au départ en tout cas ...

On est en 1933, en Autriche, Madeleine est au bord d'un lac, tranquille, quelques jours de vacances, elle prend le soleil quand elle entend derrière elle un jeune autrichien un peu moqueur qui lui dit à haute voix : «Ah les française ne sont pas très courageuses, elle préfère se prélasser au soleil plutôt que de nager sportivement dans le lac ! » vexée, Madeleine se lève, court, et plonge dans le lac, direct. L’eau est 7 à 8 degrés. Ça doit piquer un peu quand même et le lendemain évidemment Madeleine est malade, bien malade. Elle doit rester plus longtemps que prévu en Autriche, pour être soignée, et c'est à ce moment-là, qu'elle fait la connaissance d’Erwin Lahoussen, l'un des responsables du renseignement autrichien. Bel homme, grand, plus vieux qu'elle, blessé deux fois pendant 14 18 et même s'il ne le dit pas vraiment, il n’est pas très d'accord avec toutes ces chemises brunes qu'on voit défiler, y compris à Vienne.

On ne sait pas trop ce qui s’est passé entre Madeleine et Erwin, elle parle d'une amitié singulière, mais ce qu'il y a de sûr, c'est qu'ils sont suffisamment proches pour qu’il partage avec elle certaines informations, qui relèvent plutôt du secret défense, des informations d'autant plus importantes qu'avec l'annexion de l’Autriche, Lahousen se retrouve dans l'armée allemande, puisque l’Autriche devient une partie de l’Allemagne, un poste clé toujours au renseignement, qui lui permet de faire passer des informations capitales à Madeleine.

On n’est pas du tout dans le roman d’espionnage et c’est ce qui fait la force de ce livre, on est loin du souffle romanesque d'un John le Carré, que j'aime beaucoup par ailleurs. On est sur les faits, c'est descriptif, minutieux, pas d'artifice dans l'écriture, et c'est justement ce qui permet de saisir les risques dingues que ces deux personnages ont couru pendant la guerre, et même avant, pendant la montée du nazisme. Et surtout, on voit comment Madeleine qui n'est pas agent de métier, le devient au fur et à mesure. Par exemple, comment elle apprend à utiliser l'encre sympathique, comment elle apprend à décoder les cartes postales que Lahousen lui envoie … Carte postale, parce que les cartes postales, c'est beaucoup plus anodin, ça passait plus facilement la censure. La source MAD, ça devient son nom de code. Tout au long de cette guerre, ils se sont toujours arrangés pour rester en contact, sans que lui soit forcément au courant du fait que Madeleine soit un agent secret.

Il faut savoir que deux généraux français importants lui doivent la vie. Hitler projetait d’assassiner en 1941 le général Weygand et en 1942 le général Giraud. En l’apprenant par Lahousen, les généraux ont été mis à l'abri.

Les services français l'ont toujours envoyé à proximité de Lahousen, donc à Berlin pendant la guerre, je ne sais pas si vous imaginez ce que ça veut dire d'être une française, pendant la guerre, de vivre chez l'ennemi. Elle a fini la guerre à Budapest, elle y est toujours quand la ville est reprise par les russes, elle doit vivre dans les caves, sous les bombardements, voit des gens mourir sous ses yeux plus d'une fois.

Il y a peu de travaux sur les femmes qui se sont aussi battues pendant la guerre parce que ce n'était pas qu'une histoire d'homme, rien que pour cette raison ça mérite de s'intéresser à Madeleine Richou Bihet. "La source MAD : services secrets : une Française de l'ombre et un officier de l'armée allemande unis contre le nazisme" de Marie Gatard aux Éditions Michalon.

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