Retour sur la vie de celui qui a régné presque 50 ans sur Cuba

Discours de Fidel Castro en tant que président du Mouvement des Non-Alignés aux Nations Unies, New York, le 12 octobre 1979.
Discours de Fidel Castro en tant que président du Mouvement des Non-Alignés aux Nations Unies, New York, le 12 octobre 1979. © Reuters / Prensa Latina

Jean Pierre Clerc est un ancien journaliste au Monde. Cette biographie de Fidel Castro m'intéresse particulièrement parce qu'elle n'est pas partisane. C'est difficile de parler de Fidel Castro sans être dans la dénonciation totale de sa dictature ou l'avocat de la cause sans concession.

Jean Pierre Clerc s'est bien gardé d'être dans son livre l'un ou l'autre. Il raconte les faits, à la manière d'un historien.

Il rappelle la longévité au pouvoir 1959/2006 quand il laisse les rennes à son frère.

Il faut regarder du côté des monarques pour avoir des durées aussi longues... Elisabeth II ou le roi Bumiphol de Thaïlande disparu en octobre dernier après 70 ans de règne.

Jean Pierre Clerc le rappelle avec une certaine ironie que Castro, au moment où il renverse Battista, dit :

Le pouvoir ne m'intéresse pas !

Quarante-sept ans au pouvoir pour un homme qui dit ne pas être intéressé par le pouvoir, Fidel Castro n'a jamais eu aucun problème pour s'assoir sur ses contradictions !

Jean Pierre Clerc parle de charisme et roublardise. Un homme capable de faire exécuter sans aucun problème ses ennemis : en 1989 le général Ochoa, le meilleur ami de son frère Raul est passé par les armes, en même temps que de nombreux officiers.

Et en même temps c'est aussi celui qui a envoyé son armée, l'armée de son tout petit pays de 6 millions d'habitants, même pas l’île de France, lutter contre l'apartheid. En 1988 elle défait les soldats sud-africains à Cuito Cuanavale. Et Nelson Mandela dès sa sortie de prison est venu à La Havane le remercier. Il y a de nombreuses photos où on les voit dans les bras l'un de l'autre.

Aujourd'hui encore, on trouve des portraits de Che Guevara un partout à Cuba. Ici, un exemple à La Havane
Aujourd'hui encore, on trouve des portraits de Che Guevara un partout à Cuba. Ici, un exemple à La Havane © Reuters / Stringer

Un autre homme a compté : impossible de lire une biographie de Fidel Castro sans évoquer Ernesto Rafael Guevara.

Quand Fidel Castro apprend sa mort en 1967, il fait éteindre toutes les lumières de la place de la révolution à La Havane. Ils étaient très proches avec une amitié complexe. Le biographe Jean Pierre Clerc parle « d'une bouleversante amitié qui dérape pour une opposition politique ». Quand Che Guevara annonce à Fidel Castro qu'il part faire la révolution ailleurs, il paraît qu'ils se sont engueulés pendant 40 heures ; 40 heures de « discussion orageuses ». Et dans la lettre que le Che écrit pour justifier son départ, une lettre que tous les petits Cubains connaissent parce qu'elle est dans leurs livres d'histoire, on peut lire : « Si vient pour moi l’heure décisive sous d’autres cieux, ma dernière pensée sera pour ce peuple et particulièrement pour toi… »

Dans cette biographie on parle aussi de l'enfance de Fidel Castro.

Jean Pierre Clerc évoque l’ambiguïté autour de sa date de naissance. Est il né en 1926 ou en 1927 ? Lui dit être venu au monde à 2 heures du matin, une naissance en pleine nuit qui aurait fait de lui un « futur guérillero ». On apprend que Raul n'est peut être pas vraiment tout à fait le frère de Fidel. C'est la thèse d'un journaliste américain qui s'étonne comment le colosse barbu qu'est Fidel peut avoir comme frère cet homme pas très grand, imberbe, aux traits plutôt asiatiques... Maman aurait peut être fauté, d'autant que maman avant d'être officiellement Mme Castro a d'abord été la maîtresse de M. Castro père. Un père avec lequel il ne s'entend pas très bien. C'est un père qui a réussi, propriétaire terrien. Mais autour de sa propriété, et donc de celle du petit Fidel, il y avait trois fermes beaucoup plus grandes qui encerclaient la ferme familiale, donc qui l'empêchait de se développer... Et surtout, ses trois fermes beaucoup plus grandes, appartenaient toutes à des fermiers nord américains... Ce qui peut peut être expliquer pourquoi l’Amérique a toujours été l'ennemi de Fidel Castro.

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