Le cinéma de Thomas Croisière

Merci Grégory Montel de venir nous présenter « Moi, maman, ma mère et moi », film dans lequel vous jouez Benoît, un fils ayant raté l’enterrement de sa mère pour cause d’Eurostar en retard... en même temps Benoît, faut pas être bien malin pour ne pas savoir que l’Eurostar est toujours en retard... et encore dans votre malheur vous avez de la chance parce que votre mère est morte avant le Brexit.

Bref, lorsque Benoît, aidé de son frère et ses deux soeurs, vide sa maison d’enfance pleine de souvenirs, il est subitement hanté par le fantôme de sa mère jouée par la nécessaire Dominique Valadié. Dominique qui me fit tellement rire chez Monsieur Cyclopède lorsqu’incarnant la Vénus de Milo, elle répondit au Petit Prince venu lui demander « S’il te plait, dessine moi un mouton » : « C’est malin, p’tit con ! ». 

S’il avait vu « Moi, maman, ma mère et moi », Victor Hugo aurait pu écrire « Tu n’es plus là où tu étais, mais tu es partout là où je suis », mais non ! Il ne l’a pas écrit, c’est, contrairement à ce que prétend internet,  une citation de carte de voeux. 

Lui a écrit : « Les habits de deuil ont beau s’user et blanchir : le coeur reste noir ». C’est quand même beaucoup plus joli et on comprend mieux pourquoi une avenue et une station de métro portent son nom. Votre film est donc l’occasion pour moi de vous proposer mon Top 4 fantômes au cinéma, mon top 4 Cinéma Ouhhhhh.

« Sixième sens » de M. Night Shyamla... de M Night Sh... «Sixième sens » avec Bruce Willis. 

Le film dans lequel Haley Joel Osment voit des gens qui sont morts est sans doute un des meilleurs films à spoiler de l’histoire du cinéma. 

Au siècle dernier, si vous vouliez détruire la vie de quelqu’un, il suffisait de lui dire avant qu’il aille voir « Sixième sens » : « Tu sais en fait? Bruce Willis, il est mort dans le film. Mais il est mort dès le début, c’est un putain de « dead people », c’est pour ça que y a que le môme qui le voit ».  

Et si t’aimais vraiment pas le gars, t’enchaînais sur « Et Keyser Söze c’est Kevin Spacey ». Et si t’étais prescient, tu pouvais aussi dire : « Et Kevin Spacey dans 20 ans, il sera accusé d’avoir abusé de jeunes acteurs et ça mettra un terme à sa carrière ».

20 ans plus tard, j’ai le droit de spoiler « Sixième Sens », parce que si nos auditeurs avaient voulu le voir, ils avaient le temps. Il suffisait qu’ils arrêtent de binge-watcher leurs séries pour regarder un bon vieux classique. Mais non, ça les intéresse plus les gens le cinéma ! 

Sur Facebook, ils préfèrent demander « C’est le week-end, quelqu’un a une série chanmé à me conseiller ?» plutôt que « Hey, c’est samedi soir, quelqu’un a une idée de bon film avec Christian Clavier ? ».

Résultat, ils préfèrent se taper des trucs qui durent 180 épisodes de trop, plutôt que d’apporter leur contribution au grand débat national et à un moment il faudra pas s’étonner si on se réveille dans un mauvais épisode de « The Handmaid’s... The Handmaid’s t... La Servante écarlate ». 

Remarquez, moi, ça me dérange pas trop parce que je serai Commandeur, mais quand Charline se réveillera en DeAlex, Christine en DeGuillaume et qu’on pourra les gang-banguer ou les énucléer en public, vous vous direz peut être: « Tiens, j’aurais peut être dû regarder moins de série ».

Et tout ça pour quoi en plus ? Pour qu’à la fin de la saison 2, Defred et son bébé soient sauvés... Et elle, elle fait quoi Defred ? Elle y retourne ! Pour faire une putain de saison 3. Non mais, les scénaristes de ces trucs là, c’est des criminels. Je suis sûr que comme les gars de Monsanto qui désherbent pas chez eux au roundup, ils regardent pas leurs séries. 

Parce que si tu regardes « La Casa de Papel » qui dure 22 épisodes, c’est à dire une journée entière de ta vie, une journée où t’aurais pu ramasser des déchets sur une plage océane ; tu peux pas sérieusement écrire : « Alors qu’il est en train d’imprimer 2 milliards d’euros, qu’il a 67 otages sous sa surveillance et 8 braqueurs à piloter dont son frère psychopathe, le professeur va faire un tour et sera injoignable pendant 24 heures ». Vous êtes « loco » les gars. « Completamente loco ».

C’est pour ça que j’aime le cinéma et que j’ai aimé votre film Grégory parce qu’il dure 1h25, qu’il a un début, un milieu, une fin et qu’à aucun moment il ne m’a pris pour un con. 

Il aborde avec sensibilité et sans sensiblerie le processus du deuil. Ces moments où l’on doit affronter les fantômes du passé et les vivants du présent. Il nous montre avec justesse les cadavres que l’on ressort des placards après en avoir mis un en terre. Il nous parle de famille, de secrets, de transmission, de refoulement, de nostalgie et d’héritage au sens propre comme au figuré. 

Esthétiquement, il nous montre aussi la beauté des pays de la Loire où avec vos frères et soeurs interprétés par les formidables Olivia Côte, Lolita Chammah et Philippe Rebot, vous vivez ce moment hors du temps, cotonneux et à fleur de peau que l’on a tous connus et que l’on connaitra tous où, en moins de jours qu’il ne faut pour regarder l’intégrale de « Game of Thrones », on doit ranger 80 ans de vie. 

3 jours, c’est le temps que la loi nous accorde pour ranger la vie de ses parents. La vie de quelqu’un que l’on a aimé sans lui dire assez et qui nous a aimé sans le dire toujours bien. Et si on gardera cette personne au fond du coeur jusqu’à ce qu’Alzheimer nous sépare, on ne pourra hélas plus jamais la serrer dans nos bras sauf si on va la déterrer mais c’est déconseillé et passible d’un an d’emprisonnement avec 15 000 euros d’amende.

Alors, faisons la paix avec les morts, essayons même parfois de le faire de leur vivant... Sauf si ce sont des auteurs de séries ! 

Et quoi qu’il arrive comme le raconte justement « Moi, maman, ma mère et moi », il n’est jamais trop tard pour solder ses histoires de famille pour enfin pouvoir vivre pleinement la sienne. 

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