Samedi matin, j’écoutais comme souvent On aura tout vu l’émission cinéphile de France Inter et j’ai entendu ça :

- Laurent Delmas : Si Thomas a envie de parler absolument de Max Boublil, je lui laisse... 

- Christine Masson : (rire) Parce que c’est Play d’Anthony Marciano avec Max Boublil, moi j’aime beaucoup Max Boublil 

- Thomas Baurez : D’où l’expression se refiler la patate chaude

Il paraît que France Inter est la radio du ricanement permanent, mais pourquoi rire dans une émission cinéma à la simple évocation du nom de Max Boublil ? 

Et pourquoi qualifier son film de « patate chaude » alors que c’est le meilleur film de ce début d’année? Peut-être parce que Max Boublil a eu le tort dans la décennie précédente d’être amuseur sur internet et qu’il est victime d’à-priori, un peu comme depuis les Nuls, tous les Régis sont forcément des cons. Compassion ultime pour vous Régis Jauffret. Je me demandais alors ce qu’allait dire Le Masque et la Plume à propos de « Play » dimanche soir.

Ah, La Fileuse de Felix Menldelssohn... Et bien savez-vous ce qu’a dit la bande à Jérôme Garcin de la meilleure comédie romantique de l’année ? Max Boublil, comme Michel Sardou et Thomas Croisière, serait-il victime du complot de Radio France ? Et bien ce sera sans moi les collègues !

« Aujourd’hui, c’est un jour un peu spécial, je crois que j’ai besoin de tout revoir depuis le début ». 

Max a filmé toute sa vie avec le caméscope que ses parents lui ont offert à 13 ans et à l’aube de ses 40 ans, il rembobine ses cassettes pour monter le film de sa vie – l’âge moyen des auditeurs de France Inter étant de 56 ans, je sais qu’ils ont compris ce que je viens de dire. 

En revanche si tu ne vois pas ce que signifie « rembobiner ses cassettes », je t’encourage à zapper sur Mouv’ pour constater que je n’y suis plus. A travers les yeux, enfin plutôt le cadre de Max, nous revivons 25 ans de notre vie, nous, les générations Giscard et Mitterrand. Nous qui avons dansé sur Jamiroquai.

Si ! Nous avons tous dansé sur Jamiroquai. Personnellement, j’avais même poussé le vice jusqu’à porter une chapka en soirée pour me la jouer cool. Ce qui fut un échec retentissant. 

Merci Caroline pour ton râteau de 1996. Saluons au passage le talent visionnaire de Jay Kay qui dénonçait déjà - alors que Mark Zuckerberg n’avait pas encore célébré sa bar-mitzvah et que Jeff Bezos créait dans son garage Cadabra, ancêtre d’Amazon – notre folie virtuelle, Virtual insanity, souvenez vous des paroles de sa chanson, je traduis : « l’avenir est fait de folie virtuelle. Il semble désormais régi par l’amour que nous partons à l’inutile, la tordue, la nouvelle technologie. 

A présent, il n’y a plus un son car nous vivons tous sous terre », ce qui sera effectivement le cas dès après la destruction de l’Australie et la 3ème guerre mondiale.

« Play » est un film qui me plait parce qu’on a tous cru que les Spin Doctors auraient une carrière au delà de Two Princes. En revanche, je ne vous souhaite pas d’avoir comme eux porté un bonnet péruvien pour se la jouer cool en soirée. Encore un échec retentissant. 

Parce qu’on a tous préféré Action à Vérité, parce qu’on a tous cru à la France Black blanc beur, parce qu’on a tous craint le bug de l’an 2000 comme on a peur du réchauffement climatique – A propos quel réchauffement climatique ? Il faisait 3 degrés lundi soir à Paris et j’avais super froid sur mon vélo. Parce qu’on en a tous plein le cul des reprises de Wonderwall à la fête de la musique.

Parce que si l’on est capable de se tirer sur la nouille quand Xavier Dolan réalise un film en format carré, reconnaissons qu’Anthony Marciano réalise un tour de force technique et esthétique en reconstituant 25 ans des images, des sons, des objets et des imparables musiques de notre vie. 

Parce que si l’on regrette les effets numériques de rajeunissement du Irishman de Scorsese, saluons le casting impeccable des comédiens qui jouent ces personnages sur 3 décennies. En particulier Alice Issaz dont je suis irrémédiablement tombé amoureux malgré nos 17 ans d’écart, ce qui est bien peu pour Gabriel Matzneff. 

Parce que JJ Abrams avec son Star Wars épisode 9 est rentré par effraction dans ma chambre d’enfant pour casser tous mes jouets, faire pipi sur les murs et foutre le feu, je remercie « Play » d’avoir eu la délicatesse de respecter mes souvenirs. 

Parce qu’il n’y a pas meilleur comédien que Max Boublil pour jouer un gars qui s’appelle Max – à part peut être Michel Piccoli qui a dû le faire ailleurs - ni meilleur co-auteur pour Anthony Marciano qui prouve, 7 ans après Les Gamins, qu’il est un auteur majeur et je serai fier dans 25 ans d’avoir eu l’impudence de le dire en premier sur France Inter.

Et excuse moi Thomas Baurez, toi qui as parlé du film dans On aura tout vu, dire que « le scénario est bien mince tout de même » est aussi absurde que dire : « Ce film manque de contre-champs » car c’est son concept même. Max et Anthony ont fait le choix de nous parler d’un mec ordinaire – et pas de ceux qui commettent un crime - un homme comme toi et moi. Un homme qui voit ses parents vieillir, ses enfants grandir et ses amis partir. Un homme qui au moins une fois dans sa vie a pleuré en beuglant les Pixies au volant de sa voiture...

Oui, « Play » me plait car on y parle de cette génération désenchantée qui nage dans les eaux troubles des lendemains ; et de la nostalgie de l’instant présent. 

Cette nostalgie qui fait que l’on vit nos vies par procuration - mais plus en mettant du vieux pain sur son balcon - en l’instagrammant, snapchatant, storisant derrière nos écrans. Alors souvenons nous que nous pouvons repasser de l’autre côté pour redevenir l’acteur de notre vie et n’oublions jamais de dire les yeux dans les yeux aux gens que l’on aime qu’on les aime. Alors toi qui es dans ce studio, toi qui m’écoutes peut être ou toi qui me regardes, sache une chose : Je t’aime.

Vive le cinéma !

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