Confiné volontaire avec mes deux voisins de chambrée, je leur propose chaque soir la Séance de Thomas Croisière et hier c’était...

Mes Voisins les Yamada d’Isao Takahata

Cofondateur avec Miyazaki du studio Ghibli, Takahata est connu chez vos voisins les Croisière

Alfred : Je connais les films de Isao Takahata, Le tombeau des lucioles par exemple

Gaston : C’est dans une autre chronique, ce dont je vous parlais là, les gros, les sortes de rats avec leurs couilles trampolines 

Une fois encore, ce ne sont pas des rats mais des blaireaux aux balloches démesurées, héros de Pompoko, son film précédent. Takahata est connu comme « le réalisateur qui ne dessine pas » et c’est son choix graphique pourtant tamponné Ghibli qui surprit d’abord mes enfants

Alfred : Le dessin j’ai trouvé que c’était pas du tout pareil que Princesse Mononoké, Le tombeau des lucioles parce que leurs tronches étaient très très bizarres

Un trait proche de la caricature nommé SD pour « Super déformé » et qui fait que les personnages ont la tête plus grosse que le corps, comme au bon vieux temps du Collège Fou Fou Fou ou de Pablo Mira.

Le  scénario est lui adapté de la BD éponyme d’Hisaishi Ishii qui, comme Snoopy ou Calvin & Hobbes propose des histoires en 4 cases, mais ici, pas de Baron Noir ni de Planète Zorg

Gaston : En fait, ça raconte une maman et un père qui ont un fils et une petite fille et ça raconte un peu leur vie quoi

Matsuko, Takashi, Noboru, Nonoko sans oublier Shige, la mamie qui, comme souvent au Japon, partage leur toit

Alfred : Moi, mon personnage préféré c’était la grand-mère parce qu’elle fait plein de blagues pourries et qu’elle avait beaucoup d’humour noir

Takahata est un réalisateur naturaliste qui, grâce à ses Simpsons nippons, décrit au plus près la réalité des familles japonaises de la fin du XXème siècle grâce à ces anecdotes tirées d’un quotidien connu de tous :

-       Où est passée la télécommande ?

-       Qu’est-ce qu’on mange ce soir ?

Ou pour Juliette : 

-       Qu’est-ce qu’il reste à boire ?

Il précise d’ailleurs : « Cette vérité est commune à beaucoup de gens, moi y compris. De plus, constater que nous sommes tous pareils, que nous vivons tous les mêmes choses, nous rassure ». Et en ce moment, on a bien besoin d’être rassurés et de rigoler aussi

Gaston : J’ai trouvé que c’était drôle comme par exemple une blague. Alors le père il rentre tu travail comme ça tout fatigué et là, la femme elle dit : « T’as le parapluie ? ».  Et là le mari il dit : « Non mais c’est tout ce que tu trouves à me dire quand je rentre du travail ? ». Et là elle dit : « Bon OK, je recommence. Ca va ? Pas trop fatigué ? T’as le parapluie ? ». C’est ça que j’ai beaucoup aimé

Pour raconter cette blague, Jean-Marie Bigard aurait sans doute été plus efficace. Mon ainé, lui, a prêté davantage d’attention à la poésie.

Alfred : Il y avait quand même des poèmes à chaque début, il y avait des extraits de poèmes. Mais, c’était pas du tout poétique quand on voyait les Yamada (rires)

Chaque scénette s’ouvre par un haïku, ces poésies japonaises en 17 syllabes et 3 vers qui mélangent modestie, sérénité, beauté et équilibre entre éternité et éphémère. 

Mes voisins les Yamada fut un échec et il fallut attendre 15 ans avant de voir le dernier film de Takahata, l’aboutissement de 50 ans de création, le sublimement triste Conte de la princesse Kaguya

Avant de mourir 5 ans plus tard, peut être s’est-il remémoré ce haïku du maître Matsuo Bashô : « Malade en chemin, en rêve encore je parcours la lande desséchée » 

Vive le cinéma !

  • Légende du visuel principal: Image du film d'Isao Takahata "Mes voisins les Yamada" © Le Studio Ghibli
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