Un ver d’oreille, c’est ainsi que l’on nomme ces chansons qui piratent notre cerveau pour ne plus en sortir.

Elles marient 3 caractéristiques : une construction simple, un tempo rapide et une rupture qui leur donne une singularité.
Patrick Sébastien les repère quand à la sortie d’un de ses plus grands cabarets, il entend son public fredonner la mélodie du numéro du marionnettiste Jordi Bertran qu’ils viennent de voir...  

Une guitare cadence un rythme... un kazoo imprime l’humeur d’une marionnette en mousse. Pendant 6 minutes, encouragé par cette entêtante ritournelle et les spectateurs, le petit bonhomme escalade un plongeoir pour sauter dans un verre d’eau et il se vautre, alors il râle !  

Pour passer du verre d’eau au ver d’oreille, il faut créer des paroles qui resteront dans les annales - avec 2 N bien sûr. Et pour citer Patrick : « C’est plus difficile d’écrire Le Petit bonhomme en mousse qu’un bouquin de 500 pages », alors il s’y attèle avec 2 T comme dans Télérama :

Le petit bonhomme en mousse qui s’élance et rate le plongeoir. C’est comme la chanson douce que chantait ta maman le soir

Cette chanson douce, c’est l’histoire d’un mousse, le marin sacrificiel d’Il était un petit navire que la Vierge sauva en envoyant des poissons  par milliers. Ohé ohé.
Patrick, lui, ne croit plus aux miracles. Son destin chaotique lui fit faire sienne cette citation de Frédéric Dard, son maître à écrire : « Je suis un vieux foetus blasé, ma vie m’aura servi de leçon, je ne recommencerai plus ».
Alors, il noie son désespoir dans ses fiestas, ses serviettes rotatives, ses sardines claustrophobes ; et chante son blues avec une voix que les drames et 2 paquets quotidiens de Rothmans Rouge ont éraillée :
 

Quand la vie est dure, plus d’une aventure, rien que des blessures, vilaines figures

Patrick parle des blessures tragiques de l’enfance et nous emporte dans le tourbillon de la vie avec ce refrain compris de tous  

Ces « Lalala » du public que l’on entend car ce disque est la prise unique d’une version live à la magie impossible à recréer en studio.
Ces « Lalala » que Sardou et Delanoë n’ont pas osé écrire et que nous beuglons tous sur un air...  

... de cornemuse... La, la, la... Les lacs du Connemara, hymne indissociable, comme notre petit bonhomme, de TOUTES les fêtes.  

Mais le « lalala » de Sébastien est empreint de mélancolie comme celui de Brel, son maître à chanter...  

La la la, chanson dans laquelle le grand Jacques prévient qu’il mourira cerné de rigolos en se disant que si y en a des qui ont une plume au chapeau, y en a des...

... qui ont une plume dans le derrière.

Et ça, ce n’est jamais fait pour lui déplaire à Patrick Sébastien.

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