Confiné libéré avec mes 2 charlots, je leur propose chaque soir la Séance de Thomas Croisière et hier c’était...

Le Dictateur de Charlie Chaplin

Je lis dans l’autobiographie de Woody Allen : « Je n’ai jamais trouvé même vaguement amusant le Dictateur (...) je ne suis pas du tout sûr que ce moment où Chaplin joue avec le globe terrestre comme avec un ballon soit un exemple de génie comique ». J’ai donc voulu savoir si, sur mes enfants, ce film ferait fureur

Gaston : Alors j’ai pas du tout aimé le dictateur, j’ai bien aimé le vrai Charlie Chaplin parce qu’on peut les confondre le dictateur et le vrai, le barbier

Gémellité de scénario et quasiment de l’Histoire car les 2 moustaches les plus célèbres du XXème siècle sont nées à 4 jours d’écart. Chaplin incarne donc le double rôle du dictateur et du barbier

Gaston : C’est un barbier en fait. Il était soldat. Après il est allé à l’hôpital après la guerre et en fait, il ne se souvenait plus, il avait une sorte d’Alzheimer, il se disait : « Y a un jour que je suis parti de ma boutique » alors que ça faisait… Attends, c’était la première guerre mondiale donc 4 ans, alors que ça faisait 4 ans qu’il était parti en guerre et il se souvenait même plus qu’il avait fait la guerre

Après plusieurs années de coma, Charlot découvre la Tomanie, son pays, gouvernée par le régime fasciste d’Adenoïd Hynkel qui persécute les juifs. Peu étonnant que le film fut interdit en Allemagne jusqu’en 1945. Et c’est dans le ghetto que Charlot tombe amoureux d’Hannah avec qui il résiste.

Alfred : Et pour une fois, j’ai trouvé qu’il y avait une fille qui était pas cruche, pour une fois qu’ y a un film avec une fille qui est pas cruche parce qu’elle prend sa poêle et elle assomme un soldat par exemple

Pas cruche mais à poêle donc. Cette héroïne, c’est Paulette Goddard qui lui inspira Les Temps modernes et qu’il épousa secrètement. Dans son autobiographie Chaplin écrivit que s’il avait connu l’horreur des camps, il n’aurait pu faire une comédie. Car dans ce film écrit en 1938, on retrouve le burlesque de Charlot comme dans toutes les scènes de rivalité entre Hitler et Mussolini. Pardon, entre Hynkel et Napoleoni. Mais la plus célèbre se danse sur du Wagner dont Woody Allen disait : « Quand j’écoute trop Wagner, j’ai envie d’envahir la Pologne »

Gaston : J’ai bien aimé le moment où il danse avec la Terre, il croit que c’est à lui, et après elle s’éclate (pleurs)

Hynkel pleure comme un enfant ayant cassé son jouet et Hitler envahit la Pologne le 1er septembre 1939, quelques jours avant le tournage du Dictateur. Premier film parlant de Chaplin qui hésita longtemps avant de faire parler Charlot.

Gaston : A la fin, j’ai bien aimé son discours et là il parlait beaucoup. Il disait qu’il ne faut pas se battre pour la guerre et tout ça et il défendait les soldats pour dire : « Faut pas se battre pour des esclavages » et tout ça

Là, ce n’est plus Charlot qui parle mais Chaplin, pour 4 minutes, face caméra, d’une intensité bouleversante.

« Il faut nous battre pour un monde nouveau, décent et humain qui donnera à chacun l’occasion de travailler, qui apportera un avenir à la jeunesse et à la vieillesse la sécurité. Ces brutes vous ont promis toutes ces choses pour que vous leur donniez le pouvoir - ils mentent. Ils ne tiennent pas leurs promesses - jamais ils ne le feront. Les dictateurs s’affranchissent en prenant le pouvoir mais réduisent en esclavage le peuple. Alors, battons-nous pour accomplir cette promesse ! Il faut nous battre pour libérer le monde, pour abolir les frontières et les barrières raciales, pour en finir avec l’avidité, la haine et l’intolérance. Il faut nous battre pour construire un monde de raison, un monde où la science et le progrès mèneront vers le bonheur de tous. Soldats, au nom de la Démocratie, unissons-nous tous !

Même en français, grâce à l’immense Roger Carel, je ne résiste jamais à l’émotion de cet élan humaniste. Il est l’autre Charles qui lança un appel en 1940 et prit un risque majeur qui lui valut son plus grand succès public, mais aussi la liste noire du Maccarthysme et une fuite des Etats-Unis en 1952. Vraiment, Charlie Chaplin, c’était pas un charlot. 

Vive la démocratie et… 

Vive le cinéma

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