Thomas Croisière exprime un dernier hommage à Bertrand Tavernier, une étoile du cinéma français devenue culte.

Endeuillé avec mes 2 cinéphiles, la séance de Thomas Croisière hier c’était… Quai d’Orsay de Bertrand Tavernier.

Dernier long-métrage du réalisateur 5 fois primé aux Césars, mais aussi à Cannes, Venise, Berlin, Londres et même Hollywood, lui qui aimait tant ses Amis Américains.

Alfred : Je sais que c’est inspiré d’une BD que papa a offert son ami Bertrand Tavernier

Gaston : Qui est maintenant mort le pauvre

Et s’il n’était pas mort, il serait intervenu dans cette chronique. Nous avions prévu qu’il s’incruste dans le 100ème papier d’Alfred et Gaston. C’est aujourd’hui. Il m’avait dit : « Je trouve l’idée amusante et prometteuse surtout si elle tient ses promesses ».

Alors moi, je tiens la mienne de la partager avec le plus grand passeur de l’histoire, lui qui nous fit voyager à travers le cinéma français, lui, le conteur hors-pair qui s’attaque ici à l’adaptation de la BD de Chrisophe Blain et Abel Lanzac pour nous immerger dans la réalité moderne et contemporaine d’un cabinet ministériel dont il ignorait tout car comme il déclarait : « Ce qui déclenche mon désir de cinéma, c’est l’exploration de mondes, d’époques, de milieux qui me sont inconnus »

Alfred : C’est un mec qui cherche un boulot chez le ministre des affaires étrangères. Du coup il doit écrire des papiers pour des conférences, etc. Il lui fait refaire plein de fois, plein de fois, plein de fois, plein de fois le ministre des affaires étrangères et après le discours, ben il marche. Voilà ce que j’ai compris.

Et tu as bien compris. L’ancien diplomate et co-scénariste Antoine Baudry, s’est inspiré de son passage au cabinet de Dominique de Villepin pour croquer Alexandre Taillard de Worms, croisement entre un Ministre des Affaires Etrangères et le diable de Tasmanie qui sera finalement héroïque dans son discours à l’ONU contre l’intervention militaire américaine au Lousdémistan.

Gaston : Il est vraiment très très énervant le ministre. Tac Tac Tac, il faut tout stabiloter

Thierry Lhermitte nous offre une impeccable partition burlesque et, Charline Vanhoenacker, notre Taillard de Worms à nous, me confiait hier que les soirs de blues, elle se passait en boucle la scène des stabilos qui ouvrit chez les Croisière un grand débat

Gaston : Stabiloter juste c’est un néologisme

Alfred : Non pas du tout. Stabiloter c’est surligner par exemple

Gaston : Oui, mais c’est un néologisme

Alfred : Non

Gaston : Papa, est-ce que ça existe stabiloter ?

Je n’en sais rien, mais ça se comprend. Il faudrait demander à Raphaël Personnaz qui se voit confier ce qu’il y a de plus important pour Taillard : le langage

Alfred : Je serais jamais employé de Taillard parce que j’en aurais tellement marre que je me taperais la tête contre les murs

C’est vrai qu’il est usant ce Ministre aussi hyperactif qu’abstrus

Gaston : Moi, celui que je plains le plus c’est quand même celui qui parle tout doucement là, le…

Alfred : Le directeur de cabinet. Le directeur des toilettes, non je rigole

Toi qui appréciais les jeux de mots vaseux, te voilà servi Bertrand.

Pour son économe incarnation du directeur de cabinet Maupas, Niels Arestrup remportera un César.

Julie Gayet, elle, fut nommée. On croise également Anaïs Demoustier, Thierry Frémont, Thomas Chabrol, Jane Birkin, François Perrot et à la 58ème minute, le plus grand acteur de sa génération

Alfred : Ah oui, il y a papa qui joue dans le film

Gaston : Y a papa qui joue dans le film, y a papa qui joue dans le film

Alfred : On aurait dû lui mettre le premier rôle, mais bon

Le 16 septembre 2012 tu m’écrivais : « Cela t’amuserait-il de brosser un petit personnage dans Quai d’Orsay. Ce serait un clin d’œil amical comme tu m’as fait lire cette œuvre ? ».

Amical, tu parles, je devais dire : « Ben non, y a pas de pétrole en Palestine, mais au Lousdémistan, y en a. C’est pour ça qu’il est copain avec les Lousdéménites Taillard ».

Jusqu’à ce que tu dises Moteur, je croyais que c’était pour une caméra cachée.

Ton regard strabistique sur le monde va terriblement nous manquer car quand un Bertrand Tavernier meurt c’est une cinémathèque qui brûle.

Embrasse Philippe Noiret pour moi et vive le cinéma par Bertrand Tavernier !

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