Jean Yanne, on l'aime, il l'adore : Thomas Croisière revient sur la carrière du cinéaste et humoriste de renom, en commençant par un petit détour sur le contexte des grèves contre la réforme des retraites.

Benoît Lepape (Jean Yanne) : « La retraite à 40 ans, c’est ça qu’ils doivent obtenir. La moyenne de vie, c’est 63 ans alors 3 ans de vacances pour une vie de travail, c’est une escroquerie »

Quel dommage qu’en 1973, on n’ait pas écouté Jean Yanne car si l’âge légal du départ à la retraite était de 40 ans, je serais tout à fait prêt à discuter d’un éventuel allongement du temps de travail. Ne serait-ce que pour pouvoir, à 45 ans, retrouver mes copains de Par Jupiter de temps en temps.

Son film, Moi y’en a vouloir des sous a rejailli sur YouTube avec ce sous-titre : « Les gilets jaunes ont leur Manifeste », alors comme 24558 personnes j’ai cliqué en faisant fi du droit de la propriété intellectuelle, et moi y’en a pas d’accord, mais ravi d’avoir revu cette oeuvre visionnaire qui vaut vraiment plus que ce verdict.

- Benoît Lepape : Pour moi, les défilés, les discours, c’est des singeries

- Adrien Colbart : Faut quand même bien se défendre, mon dieu. Faut bien agir !

- Benoît Lepape : En collant des affiches en douce à 2 heures du matin ? En peignant les slogans sur les murs ? En s’baladant avec des banderoles ?

- Adrien Colbart : Si tu connais des moyens plus efficaces...

Et il en connait ! Pour Jean Yanne, la seule arme pour lutter contre le capitalisme, c’est le capitalisme lui-même ! Pensez-y collègues gauchistes de Par Jupiter.

Avec les réserves du syndicat dirigé par Bernard Blier, il va bâtir un Empire industriel en démarrant par l’acquisition d’une usine de vélos.

Avec 50 ans d’avance sur Anne Hidalgo, Jean Yanne investit dans la pédale sur fond de message écolo relayé par les influenceurs numéro 1 de l’époque – non pas des ch’tis tatoués ou des marseillaises nichonnées, mais l’Eglise, incarnée par Michel Serrault.

« Si Jésus était encore parmi nous, peut être nous guérirait-il de cette lèpre moderne qu’est la pollution. Hélas, nous sommes seuls à nous défendre contre elle, alors mes chers frères, ne nous laissons pas envahir par les automobiles nauséabondes et dangereuses. Choisissons des moyens de transport plus sains et plus simples. La bicyclette en sauvant nos corps nous aidera peut être à sauver nos âmes » 

Puis il créera le plus grand groupe électronique européen. Oui, 50 ans avant les GAFA, Jean Yanne a eu cette vision ! 

Comme il a eu la vision de la révolution française dans « Liberté, égalité, choucroute », ou peut-être était-ce antérieur...

Jean Yanne visionnaire en faisant défiler les manifestants au cri de « Des sous, des sous ». Jean Yanne devin en s’offrant un titre de presse pour créer des infox. Jean Yanne haruspice en s’achetant un institut de sondage pour manipuler l’opinion. Jean Yanne clairvoyant quand il dit que :

Tout le monde veut sauver la planète, mais personne ne veut descendre les poubelles.

Jacques Doniol-Valcroze co-fondateur des Cahiers du cinéma écrivit : « On aime ou on n’aime pas, mais un metteur en scène est là qui maîtrise un langage ainsi qu’un mode de récit ».

Et le metteur en scène se fait plaisir en chorégraphiant une improbable bourrée entre CRS et manifestants ; 

En offrant une scène à la Pretty Woman sur un air à la James Brown à Nicole Calfan, sa nouvelle compagne rencontrée sur Êtes-vous fiancée à un marin grec ou un pilote de ligne ? -Oui, le charme des années 70, ce n’est pas que la pilosité pubienne mais ces titres qui ne tiennent pas en un tweet). De « Mieux vaut être riche et bien portant que fauché et mal foutu » à « Faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages » sans oublier « Mais qu’est-ce-que j’ai fait au bon dieu pour avoir une femme qui boit dans les cafés avec les hommes ? », titre le plus long du cinéma français.

C’est aussi ce moment où le groupe de rock progressif Magma chante en Kobaïen dans une cathédrale, synthétisant l’essence des années 1970 en 3 minutes. 

Ce sont encore des chansons co-écrites avec Michel Magne. Chansons qui, sans doute possible, ont influencé un groupe de rock macroniste de sinistre mémoire... Suivez mon regard... Et je me rends compte que ce que je viens de dire est absurde car vous ne me voyez pas puisque nous sommes à la radio.

Ce sont surtout des seconds rôles formidables. De Jacques François  en obséquieux conseiller, à Paul Preboist en flic qui ne comprend plus sur qui il doit taper, ou Jean-Marie Proslier qui valait bien mieux que le « papy, j’peux lécher la casserole » d’une publicité pour convention obsèques.

C’est enfin une satire qui, 50 ans plus tard, nous rappelle que « Non non rien n’a changé, tout tout a continué » et se conclut sur cet intemporel constat : « Le monde est fait d’imbéciles qui se battent contre des demeurés pour sauvegarder une société absurde ». 

Jean Yanne est mort, vive Jean Yanne et... Vive le cinéma !

  • Légende du visuel principal: Jean Yanne dans "Nous ne vieillirons pas ensemble" de Maurice Pialat (1972) © AFP / Gaumont / lido FIlms / Collection ChristopheL
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