Sur la plateforme Madelen de l'INA, mine quasi inépuisable de pépites sérielles françaises datant des années 70 et 80, redécouvrons dans la joie le "Fantômas" de Claude Chabrol.

Affiche du film "Fantômas".
Affiche du film "Fantômas". © AFP / GAUMONT / COLLECTION CHRISTOPHEL

C’est en 1979 soit soixante six ans après les chefs d’œuvres de Louis Feuillade qu'Antenne 2 a l’idée de produire quatre téléfilms de 90 minutes. Quatre transpositions pour les moins fidèles des romans de Pierre Souvestre et Marcel Allain. 

Deuxième bonne idée : confier la réalisation de ces films à Claude Chabrol et Juan Luis Bunuel, fils de Luis Bunuel et grand amateur de cinéma de genre. Seront donc portés au petit écran et à une heure de grande écoute les très inquiétants L’échafaud magique, L‘étreinte du diable, La mort qui tue et Le Tramway fantôme

Le Fantômas qu'on découvre alors n’a pas grand chose à voir avec les mimiques de Jean Marais que l’on est en droit de préférer chez Jean Cocteau ou Jacques Demy. Le génie du crime, salué par les surréalistes lors de sa naissance littéraire, est ici un monstre implacable, sans scrupule et avide autant de pouvoir que de sang et d’argent. 

Un nihiliste qui met au défi toutes les forces de police et triomphe sans cesse de la morale de la bonne société dont il est l’incarnation des pires terreurs. 

C’est d’ailleurs Helmut Berger, l’acteur fétiche de Luchino Visconti, qui prête ses traits et surtout sa silhouette féline et séductrice à Fantômas. Excellente trouvaille. Face à lui, et autre bonne idée, Jacques Dufilho campe un Juve plus près de la vérité de Souvestre et Allain. 

Un investigateur lucide et malin, à mille lieux des vociférations et de la bêtise que lui prêtèrent Louis de Funès. Une sorte de Cassandre du quai des Orfèvres qui suppute et devance toujours les agissements du monstre à la cape et au haut de forme mais sans être jamais cru par ses supérieurs. 

Certes, tout n’est pas parfait dans ces quatre téléfilms victimes de la pratique de "l’euro pouding" en vogue à l’époque. Le caractère international de la distribution impose un doublage parfois embarrassant. Et le manque de moyens contraint les auteurs à claquemurer la dramaturgie dans les seuls huis clos des appartements. 

Mais malgré cela, les deux cinéastes retrouvent toute la noirceur anxiogène des livres. Le mal est au travail et il est implacable, servi avec l’humour parfois pince sans rire de l’auteur du Beau Serge qui s’amuse pleinement à orchestrer ce bal macabre. 

Une madeleine sucrée et acide qui donne envie de se replonger dans les trente deux romans feuilletonesques écrits entre 1911 et 1913, parus en partie seulement chez Bouquins et qui sont de véritables chefs d’œuvre à la fois politiques et sociologiques de la littérature policière.

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