Une mini série allemande de quatre épisodes disponible sur Netflix signée par deux femmes Anna Winger et Alexa Karolinski d’après le récit autobiographique paru en 2012 de Deborah Feldman.

Unorthodox
Unorthodox © FR_tmdb

Trois femmes pour évoquer le destin d’Esly qui, un beau matin, quitte la communauté juive ultra orthodoxe new yorkaise où elle vivait juste là entre sa grand-mère complice, sa tante autoritaire et son époux timide. Lasse de tant de pression pour ne pas dire d’oppression, épuisée de ne pas avoir le droit d’être elle-même, elle a tout mis en œuvre pour s’enfuir à Berlin où vit sa mère. Une mère qu’elle n’a pas vue depuis longtemps, une femme ayant elle aussi fui cette communauté pour refaire sa vie avec une femme. Mais ce qu’Elsy ignore, c’est que son époux et le cousin de celui-ci- sont à sa poursuite dans les rues de la capitale allemande, bien décidés à ramener Esly avec eux. Berlin où notre héroïne va faire la rencontre d’un groupe de jeunes étudiants en musique, elle qui rêvait de faire du piano, droit que les siens lui avaient dénié.

En parallèle de ce récit, le scénario reconstitue par un principe de retours en arrière le quotidien confiné de cette communauté qui vit recluse sur elle-même. Mais sans pour autant s’acharner ni tomber dans la critique caricaturale. Et évoque ainsi la place des femmes, place à la fois primordiale – elle sont celles qui entretiennent la lignée – et pourtant secondaire. Unrthodox dénonce ainsi la sexualité mécanique, absente de toute notion de plaisir et source de toutes les frustration qui régit les codes reproductifs de cette société à la religiosité extrême.

Pour être tout à fait honnête, Unorthodox pâtit parfois d’une écriture qui joue un peu trop la carte de raccourcis arrangeants pour faire avancer dramaturgie. Mais hormis cette réserve, la série vaut d’abord pour le bouleversant portrait de cette jeune femme perdue, égarée qui va pourtant tout mettre en œuvre pour gagner son indépendance et son libre arbitre. Une expérience de vie qu’elle fait à tâtons, entre inhibition et courage inattendu. L’autre réussite c’est le portrait du mari, exempt de tous clichés et qui cisèle la psychologie d’un homme tout aussi paumé que son épouse, se raccrochant aux dogmes rigides de sa religion pour éviter de s’interroger sur lui-même. Un garçon immature, docile, influençable qui va, au fur et à mesure des épisodes, s’ouvrir lui aussi à une autre perspective de vie sans trouver, au contraire de la femme qu’il aime maladroitement mais sincèrement, le courage de s’affranchir de toutes ses barrières morales. 

Mais s’il fallait ne garder qu’une seule raison de découvrir Unorthodox ce serait sa comédienne principale, Shira Haas. Une actrice que l’on connaissait peu mais qui irradie littéralement l’écran sans pour autant jouer la carte de la surenchère. Son jeu intériorisé, sa large palette d’émotions qui va de la fragilité extrême à une force inouïe, font de cette comédienne la bourrasque dramatique et romanesque de cette série recommandée. 

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