Plongeons sur Arte avec "Au nom du père" dans les méandres d'une saga familiale que n'auraient pas renié Georges Bernanos ou François Mauriac.

"Au nom du père - Ride Upon the Storm", saison 2, série sur Arte avec Lars Mikkelsen
"Au nom du père - Ride Upon the Storm", saison 2, série sur Arte avec Lars Mikkelsen © Tine Harden

Une série danoise créée par Adam Price qui était déjà à l’origine de Borgen, sans doute l’une des meilleures séries politiques jamais écrites. On retrouve toute sa finesse, sa délicatesse et sa complexité d’écriture dans cette série consacrée à la religion, à la foi et aux doctrines. 

C’est tout d’abord l’histoire d’un homme d’église influent, régnant sur sa communauté comme sur sa famille avec un rien de despotisme qui ne dit jamais son nom mais n’attend qu’un revers du destin pour se révéler. 

Ce revers n’est pas loin, lorsqu’il comprend qu’un de ses dérapages lui a valu d’échouer dans la course à l’évêché, course pour laquelle il était pourtant et de loin le favori, Johannes, héritier d’une longue lignée de pasteurs, "pète un plomb". Oubliant que l’orgueil est pourtant un péché capital, le voici succombant à ses démons : alcool, autocratie et adultère. Revenu à un soupçon de conscience, il décide de jouer les opposants actifs à la politique que souhaite mener le nouvel évêque qui, ultime sujet d’agacement, est une femme. 

Les premières  victimes de son ire sont sa femme et surtout ses deux fils. L’aîné a renoncé depuis longtemps à suivre les traces de son père. Le second, plus fragile est rentré dans les ordres et subit encore plus directement les foudres méprisantes de son père. Excédé de si peu de soutien et de considération, il s’engage auprès de soldats déployés au Moyen-Orient. Il en reviendra traumatisé.

Voilà et ce ne sont vraiment que les prémisses dramaturgiques de cette histoire passionnante qui utilise tous les codes de la série de famille pour scruter les doutes liés à la religion. Un sujet qu’il est toujours compliqué d’aborder sans tomber dans les travers du prosélytisme béat ou au contraire de la critique systématique. 

Adam Price est toujours dans la nuance d’approche sans verser dans la schématisation ou le cliché. Les crises de foi que traversent ses personnages, le héros, son épouse et ses deux fils sont universels dans la manière dont ils scrutent la béance qui sépare parfois de manière traumatisante l’engagement mystique et la condition humaine. 

Comment concilier les deux lorsque nos instincts contredisent la sincérité de notre croyance en une divinité supérieure ? La série ne se trompe d’ailleurs jamais de cible. 

Tout en respectant intelligemment la foi, "Au nom du père "remet en question la politique des églises et la violence hypocrite de certains dogmes. 

C’est la question cruciale de notre libre arbitre qui est ici soulevée dans un feuilleton lucide, qui ne juge jamais et invite incessamment à la réflexion. Tout en étant en terme de récit absolument prenant et passionnant. Que l’on soit croyant ou athée.

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