Xavier Leherpeur vous conseille une série américaine en neuf épisodes. Cette première et dernière saison est diffusée à partir de ce soir, 16 avril, sur Canal+ Séries. À la fois historique et politique, elle nous replonge au tout début des années 1970, au moment où commencent les luttes pour les droits des femmes.

L'actrice Cate Blanchett interprète Phyllis Schlafly dans "Mrs. America"
L'actrice Cate Blanchett interprète Phyllis Schlafly dans "Mrs. America" © 2020 FX Productions

La bande annonce 

Avec Cate Blanchett (Phyllis Schlafly), Rose Byrne, Tracey Ullman, Uzo Aduba.

Xavier Leherpeur : "Nous y faisons la connaissance de femmes dont le nom ne nous dit peut-être plus grand chose aujourd'hui en France, mais qui, par leurs prises de position, leur courage et leur pugnacité, furent déterminantes dans ce moment charnière de l'histoire de l'Amérique. 

On y croise d'abord Gloria Steinem, qui fut une des pionnières d'un mouvement féministe se battant entre autres pour la légalisation de l'avortement et pour faire inscrire dans la Constitution américaine un amendement officialisant enfin l'égalité hommes/femmes. 

À ses côtés, Shirley Chisholm, une femme de couleur ayant décidé de briguer le poste de candidate démocrate aux élections présidentielles de 1972. 

Mais la très bonne idée de la série, c'est d'opposer à ces battantes magnifiques la figure plus contestable de Phyllis Schlafly, grande conservatrice devant l'Éternel et figure de proue du camp adverse, celui de ces femmes de droite fières d'être des épouses modèles et de consacrer leur vie à élever leurs enfants dans le cadre rigoriste et poussiéreux de la morale conservatrice, blanche et chrétienne. 

Outre cette première excellente initiative qui remémore l'ampleur du débat et la complexité de la société américaine à cette époque, la série vaut aussi et surtout pour son écriture, là où un film de deux heures aurait sans doute réduit les personnages à des militantes archétypales, l'écriture de Dhavi Waller, une scénariste ayant travaillé entre autres sur "Mad Men" et "Desperate Housewives", se révèle d'une remarquable complexité, épousant les zones d'ombres, les ambiguïtés et les contradictions des héroïnes. En particulier lorsqu'elle cisèle le portrait de Phyllis Schlafly interprétée ici, comme vous l'avez rappelé par la géniale Cate Blanchett, une femme prenant pourtant conscience de la phallocratie et de la dominance patriarcale régnant dans l'Amérique hypocrite et mensongère de Nixon, mais qui, plutôt que de se révolter contre cet état de fait, revendiquera au contraire sa fierté d'être une citoyenne de seconde zone, uniquement dévouée au bien être de son indifférent d'époux. 

Une série historique mais aussi politique et surtout actuelle. Car cinquante ans après, le débat reste plus que jamais d'actualité

Aux Etats-Unis, l'ordre moral et l'emprise du religieux reviennent en force. La misogynie en politique est plus que jamais de mise. Et la fracture de l'actuelle société américaine autour de la question cruciale des droits de la femme est plus que jamais fratricide. Bon nombre d'Etats cherchant encore à tout prix à faire interdire l'avortement et le planning familial. 

Miss America" s'avère donc un prisme remarquable qui reconstitue le passé pour ne parler en réalité que du contemporain. Une chambre d'écho passionnante pour tenter de mieux comprendre l'Amérique d'aujourd'hui

Miss America à voir sur Canal  

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