Elargissons notre champ des possibles, aventurons-nous aujourd'hui en regardant une série indienne et une serie qui voyage dans le temps...

"Le Voyageur des siècles" sur Madelen
"Le Voyageur des siècles" sur Madelen © Capture d'écran/YouTube/INA

"Hasmukh" sur Netflix

Il n’y a pas que les séries américaines, françaises ou britanniques dans la vie. Il est parfois nécessaire pour ne pas dire salutaire d’élargir un peu le panorama de la production télévisuelle pour aller s’intéresser à quelques pépites venues d’autres pays. Et c’est le cas ce matin avec Hasmukh une série indienne diffusée sur Nefllix. 

Hasmukh a toujours rêvé de faire du stand up. Un rêve au point mort pour ce garçon coincé entre une famille qui l’exploite et une star de la scène comique qui l’humilie et l’emploie comme esclave souffre douleur. Une sorte de Cendrillon masculin des temps modernes auquel le destin va offrir une drôle d’opportunité. 

Car ce jeune homme timide, pas toujours sûr de lui, va découvrir inopinément qu’en tuant quelqu’un juste avant de monter sur scène il gagne en confiance et parvient à captiver son audience. Sa première victime sera évidemment son mentor dont il va prendre la place, même si ce dernier ne disparaît pas complètement continuant depuis les coulisses de hanter notre héros. 

Après un premier succès, Hasmukh doit se rendre à l’évidence, sans tuer il ne peut monter sur scène. Débute alors un double chemin, celui ascendant vers la gloire mais aussi celui descendant vertigineusement vers le crime en série.

Mais s’il est désormais dépourvu de morale, Hasmukh n’en garde pas moins un soupçon de scrupules et choisit de n’occire que des gens qui, à ses yeux, mérite un tel sort funeste. Et c’est là où cette série, qui n’est pas sans faire penser au mauvais esprit perfide de certains comédies italiennes des années 70, fait mouche. 

Car derrière le ressort narratif de ces meurtres en cascades se cache un portrait acide et lucide de la société indienne d’aujourd’hui. Corruptions des pouvoirs en place et en particulier celle de la police, société patriarcale et phallocrate qui rabaisse sans cesse les femmes et les empêche de se hisser à la place qu’elles méritent, violentes inégalités économiques qui ravagent l’Inde contemporaine, ancestrale guerre des castes qui divise et morcelle définitivement un pays difficilement unifiable… la série dresse un inquiet état des lieux sociétal et une belle galerie de portraits de salauds omnipotents que rien ne vient jamais inquiéter et au sein desquels notre peu louable justicier va faire son juteux marché. 

Il faut évidemment prendre la série au second degré mais cet aspect quasi politique de l’écriture est pour beaucoup dans la réussite de Hasmukh. Une série un peu crade, particulièrement virulente et méchamment drôle. 

"Le Voyageur des siècles" sur Madelen

Alors qu’il a aujourd’hui (presque) entièrement disparu des productions françaises le fantastique et le surnaturel font recette sur le petit écran dès la fin des années 60. On se souvient bien sûr de "Belphégor," mais il y eut aussi les plus oubliés "Aux frontières du possible "ou encore "La Brigade des Maléfices", au titre particulièrement évocateur.

C’est en 1971 qu’est diffusé Le Voyageur des siècles. Incursion trop éphémère hélas de la télévision française dans le domaine de l’uchronie.

Nous sommes dans un futur proche c’est à dire en 1981. Philippe, le héros met au point une machine à remonter le temps, construite d’après les plans dessinés par son grand oncle un siècle plus tôt. Notre héros en profite donc pour rendre visite à son aïeul, emportant avec lui un appareil capable de visualiser des images du passé captées et enregistrées par les miroirs. Sur l’une d’elle, Philippe voit l’une de ses ancêtres être guillotinée pendant la évolution française. Subjugué par sa beauté, Philippe décide de partir en 1789, prêt à tout pour sauver la belle en détresse mais sans se soucier des conséquences funestes que pourraient avoir son geste chevaleresque.

Une série écrite par Noël Noël, acteur extrêmement populaire de l’entre deux guerres et qui poursuivit une carrière exemplaire jusque dans les années 60. Il avait été entre autre la vedette du "Père Tranquille"de René Clément ainsi que de "La cage aux rossignols" dont Les Choristes fut le triomphal remake. Au cours de sa carrière il s’était essayé à maintes reprises à l’exercice du scénario et toute la truculence pince sans rire de son verbe et de son imagination se retrouvent dans cette série certes un peu bavarde, tournée en intérieurs et décors reconstitués avec les moyens parfois limités de l’époque, mais qui fleure bon l’esprit incisif de son auteur. 

On savoure parmi mille idées brillantes l’annonce de l’entrée de Georges Brassens à l’académie française en 1981 ou encore cette superbe trouvaille poétique des miroirs comme dépositaires de notre mémoire. Réalisée par Jean Dréville, qui travailla à de nombreuses reprises avec Noël Noël en particulier sur La Cage aux Rossignols, Ce Voyageur des siècles manque un peu d’ampleur mais pas d’idées loufoques comme celle de la voiture volante ou de la télévision en relief. 

Une série délicieusement gourmande, dans un noir et blanc superbement remastérisé, et qui nous permet de retrouver aussi pléthore d’actrices et d’acteurs tant aimés parmi lesquels Laurence Badie, Roland Giraud ou encore Florence Giorgetti .

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