"Dérapages," le nouveau thriller social d'Arte sera diffusé ce soir et jeudi prochain. L'intégralité de la série étant également disponible sur Arte.TV jusqu'au 13 mai.

Eric Cantona prouve encore une fois son immense talent de comédien avec la série "Dérapages"
Eric Cantona prouve encore une fois son immense talent de comédien avec la série "Dérapages" © Stephanie Branchu

Le thriller social sombre et nihiliste est adapté du roman Cadres noirs de Pierre Lemaître et scénarisé par lui-même. Pierre Lemaître ayant été lauréat du Prix Goncourt en 2013 pour son roman Au revoir là-haut.

Alain est le profil type du laissé pour compte de notre société supposée évoluée. Ancien DRH viré par sa boîte il y a six ans, il multiplie depuis les petits boulots ingrats où cette force de la nature bâti comme un joueur de rugby se fait rabaisser par de minables supérieurs. 

Un jour c’est l’humiliation de trop. Il frappe son petit chef. Le voilà à nouveau sans travail menacé en plus par un procès pour coups et blessures. Mais l’horizon s’éclaircit à nouveau lorsque sa candidature est retenue par une multinationale. Il doit participer à une fausse prise d’otages qui devra déterminer qui, des cadres de la boîte conviés à cette mascarade, aura les nerfs assez solides pour mettre en place un immense plan de licenciement. 

Épuisé d’être toujours le pion de cet inhumain système capitaliste et libéral, Alain va refuser d’interpréter le rôle que l’on veut lui faire jouer. Début d’un engrenage fatal.

Dérapages pourrait être un drame social un peu appuyé à la Ken Loach mâtiné de polar désespéré. La force de la série c’est d’opter pour une satire féroce et carnassière méchamment dénonciatrice de l’actuel monde du travail. Le trait n’est jamais inutilement forcé mais épouse toujours dans la révolte fébrile de son personnage principal. Une sorte de Robin des bois moderne qui volerait aux riches leur suprématie pour les ramener à leur véritable médiocrité. 

Rendant ainsi aux exploités si ce n’est l’argent dont ils seront toujours privés mais au moins leur dignité perdue. La mise en scène de Ziad Doueiri, auteur au cinéma de L’Insulte et de la série Baron noir sur Canal orchestre parfaitement ce narquois jeu de massacre. Elle claquemure son héros, le filmant au plus près de son inertie forcée avant de l’accompagner dans sa libération vengeresse.

L’autre point fort de la série c’est son casting

On retrouve avec bonheur Gustave Kervern, sorte de Petit Jean hacker de génie, très à l’aise dans ce rôle de révolutionnaire altermondialiste, mais aussi Alex Lutz, magistral dans le rôle du patron manipulateur et indifférent ainsi que Suzanne Clément qui interprète l’épouse d’Alain, femme désemparée et amoureuse. 

Mais c’est évidemment Eric Cantona, ex footballeur et citoyen militant qui parachève la réussite de la série. Un colosse aux pieds d’argile, capable à la fois d’une férocité inquiétante et d’une détresse abyssale. 

_Dérapage_s confirme qu’il est un excellent acteur et que ses impeccables choix de films ou de série sont toujours dans le prolongement de ses engagements politiques. 

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