Du 1er au 9 avril 2017, le championnat du monde de curling masculin est accueilli par la ville d’Edmonton, dans l’Alberta, au Canada.

Disons que le curling ressemble à la pétanque mais sans le soleil, avec un balais en plus, et que la glace n’est pas seulement dans le pastis. C’est donc complément différent : on ne tire pas, on ne pointe pas : on glisse…

Pour commencer, c’est un peu similaire à l’épluchage des haricots verts : vous prenez la cosse dans votre main et vous l’ouvrez avec le pouce. Voilà, les petits-pois sont écossés. À l’inverse, vous aurez du mal à soulever le poids d’une grosse pierre de curling mais peu importante : ce sport est déjà écossais !

C’est en tout cas ce que vous soutiendra un ami highlander : le curling est né en Écosse, au XVIe siècle, sur les lochs gelés. La preuve : c’est là qu’on retrouve les plus vieux galets glissant sur la glace.

Je ne vous conseille pas d’aller dire ça à un camarade hollandais qui, lui, vous soutiendra que le curling est né aux Pays-Bas, au XVIe siècle toujours, sur les canaux gelés. D’ailleurs, on en voit la trace sur des tableaux de Bruegel l’Ancien.

Cependant, il est une certitude : c’est bien l’Écosse qui s’approprie ce sport où il est très populaire. Les débats sur l’origine du curling peuvent alimenter des discutions sans fin autour d’une patinoire et de quelques bières ! (À la tienne)… car pierre qui glisse n’amasse pas mousse.

Pour jouer au curling, il vous faut une pierre bien polie (bonjour monsieur, bonjour madame) avec une poignée ou quelques trous pour y glisser les doigts (bonsoir monsieur, bonsoir madame)… Petite, grosse, large, de forme bizarre : en Écosse, il n’y a pas de norme quant à la pierre, mais il y a des clubs ! Nous sommes à la fin du XVIIIe siècle, et le curling s’organise.

Vous savez, c’est toujours la même chose : l’homme est habité pas l’esprit de compétition, mais pour pouvoir mesurer son adresse il lui faut des conditions comparables. C’est ainsi que les premières règles du curling sont mises en place. Vous savez aussi que l’homme est poussé par le goût de l’aventure et que les Écossais sont nombreux à émigrer au Canada au XIXe siècle. Chouette, il y a de la glace : ils y importent le curling.

Le curling et le Canada, c’est une histoire de passion. Le premier club est fondé à Montréal en 1807 par un groupe de marchands, mais qui s’adonne au curling ? Et bien un peu tout le monde, des militaires par exemple. D’ailleurs, une pratique venue d’Écosse est répandue : quelques boulets de canons fondus font de très belles pierres, enfin des pierres en fer. Rapidement, la pratique s’étend dans toutes les régions, de Québec à Toronto. La propagation du curling au Canada suit l’histoire du peuplement du pays, et donc celle du chemin de fer. Ce sport est intimement lié à l’identité de ces pionniers qui avancent peu à peu vers l’ouest, une pierre dans une main, le balai dans l’autre, pour faire fondre la glace.

Ce n’est que vers la fin du XIXe siècle que s’imposent les pierres en granit que nous connaissons aujourd’hui encore. Des tournois sont organisés, notamment à Winnipeg, et les Écossais viennent faire glisser leur pierre sur la glace canadienne, puisque les navires transatlantiques sont performants, sauf à rencontrer un iceberg.

Au tournant du XXe siècle, le curling est déjà bien implanté au Canada quand les Écossais, eux, s’adonnent de plus en plus à d’autres sports, le football et le rugby surtout. Le curling se féminise très tôt, une nouvelle innovation pour ce qui est l’une des plus anciennes activités sportives ininterrompues.

Pour la première fois représenté aux Jeux olympiques de Paris en 1924, le curling disparait aussitôt : beaucoup bizarre ce truc. Il est vrai que le curling échappe un tantinet à notre sphère culturelle et pourtant nous n’imaginons pas le nombre de livres, de traités et même de thèses sur ce sport.

Alors, que retenir du curling ? Et bien disons qu’il peut plaire à tout le monde. Pour beaucoup, il est une passion, une aventure, un combat palpitant qui mêle technique, stratégie et force physique. Pour les autres, c’est un sport idéal, un après-midi dominical, devant le poste de télévision, quand nous laissons avec indulgence la somnolence gagner la partie.

Pour finir, laissons les derniers mots au journaliste André Rigaud, qui écrivait le 15 janvier 1928 dans Les Annales politiques et littéraires qu’il est amusant de voir que, avec le curling, les hommes « apprennent à se servir d’un balai » !

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