Le 3 décembre 2016, les championnats du monde de bowling ont commencé à Doha. Dans l’attente des résultats, retour sur un jeu qui a déchaîné les passions : le jeu de quilles !

Femmes jouant au bowling (vers le milieu des années 1870)
Femmes jouant au bowling (vers le milieu des années 1870) © Getty / Stock Montage

Neuf morceaux de bois, dressés bien droit, et une boule pour les culbuter : il ne reste qu’à quiller pour savoir qui va jouer le premier !

Quelle est l’origine du jeu de quilles ?

Elle est ancienne sans doute… On imagine facilement monsieur Cro-Magnon lancer un caillou arrondi pour renverser quelques pieux dressés. Mais l’invention du jeu de quilles serait mythologique, tout au moins tel que le présente la revue le Mercure de France en 1739 : dans la Grèce antique, un rustre Béotien habite, avec ses neuf enfants, au pied du Parnasse, ce mont mythique où vivent les Muses. À les entendre chaque jour chanter, il en vient à imaginer être poète lui-même. Le Béotien ose « escalader la docte montagne, pour disputer la gloire de la Poésie aux Divinités ». Sacrilège ! Les Muses le punissent de son audace : ses neuf enfants sont changés en neuf quilles ! Quant à lui, il est condamné par Apollon à rouler de haut en bas, transformé en grosse boule. Oui, quand on s’amuse à taquiner les Muses, les dieux grecs ont les boules !

Il est difficile aujourd’hui d’imaginer le succès qu’a connu le jeu de quilles par le passé : c’était LE jeu, mais pas pour les enfants, un jeu pour adulte, un jeu de pari et de boisson !

Pour y jouer, rien de plus simple.

Au XVIIe siècle, Antoine Furetière, dans son Dictionnaire universel, nous dit qu’il faut neuf morceaux qu’on élève à plomb… et qu’ensuite qu’il faut quiller, c’est-à-dire qu’il faut lancer une quille le plus près possible de la boule, pour savoir qui va jouer le premier !

Diderot et d’Alembert, dans leur célèbre Encyclopédie, précisent que la boule, « au jeu de quilles, c’est un morceau de bois parfaitement rond et percé d’un trou pour mettre le pouce et d’une espèce de mortaise pour les autres doigts de la main. » Pour la suite, c’est simple : il faut tenter d’abattre les neuf quilles d’un seul coup…

Nicolas Boileau, grand poète sous le roi Louis XIV, disait à ses amis :

J’ai deux grands talents, aussi utiles l’un que l’autre à la société et à l’État : l’un de bien jouer aux quilles, et l’autre de bien faire des vers…

Ah, quand je vous disais que c’est un jeu à boire !

Amusements populaires à Paris : le Bowling !
Amusements populaires à Paris : le Bowling ! © Getty / Universal History Archive

Le jeu de quilles : une menace pour la tranquillité publique !

C’est ce que pensent les autorités depuis le Moyen Âge. En 1319, une ordonnance du roi Charles IV, dit le Bel, interdit les jeux de hasard : les dés, le trictrac mais aussi les quilles !

L’interdiction est renouvelée soixante ans plus tard par le roi Charles V, dit le Sage…

Rien n’y fait : dans toute la société, on joue aux quilles, les paysans à la foire, les aristos au château et les curés derrières l’église.

L’ordonnance d’Orléans, donnée en 1560 par le roi Charles IX, interdit de nouveau le jeu de quilles, mais cette fois le débat s’engage : non, disent les quilleurs, ce n’est pas un jeu de hasard ! Alors pourquoi s’attaquer aux gentilles petites quilles ? Et bien parce qu’on y joue dans les lieux malfamés, dans les tavernes et les cabarets… mais aussi dans les bordels !

La manière dont est perçu le jeu de quilles change au XIXe siècle, au moment où le sport devient un phénomène de société : ce jeu est désormais considéré comme un exercice salutaire qui rend le corps plus vigoureux.

D’ailleurs, la loi ne le considère plus comme un jeu de hasard mais comme un jeu d’adresse. Le jeu de quilles ne permet pas la triche : une quille est tombée ou elle reste droite… pas de discussion possible ! En plus tout le monde peut y jouer, même les demoiselles.

Et puis, le jeu de quilles a apporté de belles expressions à la langue française :

  • « avoir la boule », c’est jouer le premier…
  • « Être planté comme une quille », c’est se tenir bien droit…
  • Dans l’argot des casernes, la quille, c’est la fin du service militaire…
  • et bien sûr il y a comme un chien dans un jeu de quilles !

La plus belle des expressions venues des quilles est sans doute « faire chou blanc » : quand aucune quille n’est renversés, le coup est blanc… et dans certains patois, un coup est un chou, d’où faire chou blanc…

Surtout le jeu de quilles permet de comprendre l’actualité. Laissons la parole au poète Jules Janin qui écrivait en 1859 :

Rien n’est plus facile à expliquer que la politique : c’est un jeu de quilles !

Reste à savoir qui lance la boule !

Joueurs de bowling en 1890
Joueurs de bowling en 1890 © Getty / bowling
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