On pourrait dire que Suzanne Lenglen fut une joueuse de tennis, une championne, mais elle fut plus que ça : elle fut une star, une légende !

Suzanne Lenglen
Suzanne Lenglen © AFP / GABRIEL BOUYS / AFP

La Divine : ce surnom est attribué aux femmes qui ont marqué leur discipline : au théâtre, côté cour, ce fut Sarah Bernhardt. À l’opéra, Maria Callas était la Divine Diva et au cinéma, Greta Garbo fut la Divine tout court…. Mais sur les courts, il n’y en a qu’une : c’est la divine Suzanne Lenglen !

Jetons un œil sur son acte de naissance : Suzanne, Rachel, Flore Lenglen est née le 24 mai 1899 à Paris, dans la très prisée rue du Ranelagh, tiens, c’est juste à côté de la Maison de la Radio. Son père est propriétaire, sa mère sans profession. Deux hommes accompagnent le papa au moment de déclarer l’enfant à la mairie du 16e arrondissement : l’un est notaire, l’autre est rentier : y a pas à dire, Suzanne n’est pas née dans la misère.

D’ailleurs, plaisir de la haute société à la Belle Époque, la famille Lenglen savoure les escapades estivales sur la Côte d’Azur, à Nice. Là, il y a des tas d’Anglais, en villégiature, une promenade leur est même dédiée. Un Anglais, ça joue au tennis et la petite Suzanne trouve ça très chouette. Elle a 1dix0 ans quand son père lui offre une raquette. Nous y voilà, l’étoile s’apprête à briller !

Suzanne Lenglen est initiée au tennis par son père, très exigeant c’est vrai, mais papa aimant, et comme il veut une bonne éducation pour sa fifille, il l’inscrit à des cours de danse classique. Tiens, l’élégance et la grâce qui vont marquer les esprits lors de ses match de tennis vient peut-être de là… mais pas seulement : Suzanne a beaucoup de talent.

En 1913, le champion du monde de tennis, le Néo-Zélandais Tony Wilding lui demande d’être sa partenaire pour un double mixte : il est de seize ans son aîné, c’est dire que Suzanne est en avance… Un an plus tard, le 9 juin 1914, le journal Le Matin annonce à sa une : « Une jeune fille de quinze ans championne de tennis ». Oui, Suzanne est championne du monde à seulement quinze ans. L’article se termine par ces mots : « Mlle Suzanne Lenglen n’est vraiment plus une enfant ». Petit détail, l’article est classé dans la rubrique Le Bon féminisme… comme s’il y en avait un mauvais. Ce que ne sait pas encore le journaliste, c’est que Suzanne Lenglen va faire beaucoup pour l’émancipation des femmes !

Durant la Première Guerre mondiale, la famille Lenglen se réfugie à Nice. Partout en France, les femmes remplacent les hommes, à l’atelier ou dans les champs. Alors, à la victoire, nombreuses sont celles qui réclament d’être un peu mieux considérées. Suzanne, elle, rejoint les courts de tennis et connaît sa période de gloire. Elle enchaine les victoires. Par six fois, elle remporte le championnat du monde, autant de fois celui de France et aussi Wimbledon. En plus, elle rafle trois médailles olympiques. Écoutez ça, c’est à peine croyable : 241 tournois sans être invaincue et seulement un abandon, pour maladie ! Suzanne Lenglen est une vedette, que l’on épie sans cesse.

En février 1926, à Cannes, un match d’anthologie l’oppose à l’Américaine Hélène Wills. L’étoile va-t-elle ternir ? Et bien non ! Le Petit Journal titre le 17 février : « La fée du tennis gagne par 6-3 et 8-6 devant une foule innombrable et passionnée », et précise que « Mlle Lenglen reste la plus grande joueuse de tennis que l’on ait (sic) jamais vu » !

Pourtant, Suzanne Lenglen en a peut-être trop vu, elle est blasée : elle arrête sa carrière amateur pour devenir la première femme professionnelle. Des tournées aux États-Unis, une école de tennis qu’elle ouvre près de Roland Garros et voilà Suzanne Lenglen tranquille… du repos, enfin…

Elle a seulement trente-neuf ans quand la leucémie l’attaque, foudroyante, comme un smatch. Elle perd la vue et meurt à Paris, en 1938. Bien sûr elle a remporté de nombreux titres, mais pourquoi reste-t-elle la plus grande joueuse de tennis que l’on n’ait jamais vu ?

La carrière, les victoires et les records de Suzanne Lenglen n’expliquent qu’en partie sa célébrité. Elle impressionne ses contemporains, et ses contemporaines, car elle est la femme de son temps, celle des Années Folles. Elle est libre ! Elle porte une jupe courte, de plus en plus courte dit-on… Elle montre ses bras, ses mollets… Libre ! Elle mène sa vie comme elle l’entend, elle écrit quelques livres en anglais, sur le tennis… Elle côtoie les plus grands, des rois, des aristos, des écrivains… Par sa vie, par son modèle, celle qui a été une enfant star et une championne adulée fut aussi une féministe, divine !

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