Dimanche 6 novembre 2016, aux Sables-d’Olonne, a été donné le départ de la 8e édition du Vendée Globe... Retour sur un ancien exploit en solitaire, celui du breton Louis Bernicot !

Le cotre "l'Anahita" du commandant Jean-Louis Bernicot en 1938. Ancien capitaine de la Compagnie Générale Transatlantique, Jean-Louis Bernicot embarque sur ce bateau pour un tour du monde effectué en vingt et un mois.
Le cotre "l'Anahita" du commandant Jean-Louis Bernicot en 1938. Ancien capitaine de la Compagnie Générale Transatlantique, Jean-Louis Bernicot embarque sur ce bateau pour un tour du monde effectué en vingt et un mois. © AFP / Staff

En cinq lettes : petit navire de forme effilée, léger et rapide, avec un seul mât… Un cotre ! Et c’est sur les côtes bretonnes que Louis Bernicot s’est élancé sur son cotre pour faire le tour du monde, en solitaire mais avec Anahita ! Dans la Perse antique, Anahita est une déesse qui règne sur les eaux… et c’est le nom qu’a choisi Louis Bernicot pour le bateau qu’il a conçu, pour son cotre !

Nous sommes à Carentec, dans le Finistère, en août 1936. Oh, le bel été ! Les premiers congés payés s’offrent des vacances dans cette jolie station balnéaire… Louis Bernicot, lui, est retraité de la Marine marchande. Il a 53 ans et mène une existence paisible, trop paisible : il s’ennuie ! Pour lui, foin de la pêche ou du jardinage : il veut faire le tour du monde !

Ce n’est ni la gloire ni la publicité qui attirent Louis Bernicot… Son départ, en août 1936, se fait sans presse et sans tapage… Le journaliste de L’Intransigeant, qui, bien plus tard, fait le compte-rendu de ce voyage, note qu’il a horreur du battage, des fanfares et des discours. D’ailleurs, ils sont peu nombreux à être présents, ce 22 août 1936, à Carantec quand l’aventurier retraité prend la mer.

Photographie du commandant Jean-Louis Bernicot datée du 4 juin 1938.
Photographie du commandant Jean-Louis Bernicot datée du 4 juin 1938. © AFP / Staff

Les deux premières semaines en mer sont une horreur pour Louis Bernicot : les voiles de l’Anahita se déchirent et un problème de conception de la barre rend le navire très difficile à manœuvrer… Louis Bernicot n’est pas inquiet : la mer, il connaît ! Avant d’être retraité, il était capitaine au long court pendant une vingtaine d’années…

Maintenant, il est navigateur solitaire ! Sa première escale, à Madère, est l’occasion de prendre soin de l’Anahita, son voilier de douze mètres. Les escales aussi, il connaît : après avoir été capitaine au long court, il avait été affecté à des taches administratives pour la Compagnie Générale Transatlantique, dont plus de dix ans aux États-Unis… Quel ennui !

Il quitte Madère pour la longue traversée de l’Atlantique-Sud : quatre mois et demi de vraie solitude où ses seuls compagnons sont le cafard et un requin qui suit son bateau pendant vingt jours ! Alors, quand il aperçoit les côtes de l’Argentine, c’est un soulagement. Il était grand temps, il n’a plus d’eau douce à bord !

Louis Bernicot arrive à Mar-del-Plata en décembre 1936 et passe dix jours en Argentine, à étudier comment traverser le détroit de Magellan. Avant son départ, la communauté française et les autorités du pays lui proposent un réveillon sur la terre ferme : ennui en perspective que cette soirée mondaine… Alors il repart le 23 décembre : son cadeau de Noël est la traversée du détroit de Magellan ! « Le seul navigateur solitaire qui a pu réussir cet exploit » dit la presse (L’Ouest Éclair, 31 mai 1938) !

Le 8 janvier 1937, une tempête manque de renverser le navire. Le bateau est au bord de la rupture, Louis Bernicot se croit mort mais il s’en tire : la déesse Anahita est bien plus forte que Poséidon !

Les bourrasques violentes l’ont conduit vers le sud et il doit faire des efforts considérables pour mettre cap vers les îles Gambier. Ensuite, c’est Tahiti puis la Réunion. Ce « rude marin breton de 53 ans » (L’Ouest Éclair, 31 mai 1938), comme le rappellent les journalistes, profite de chaque étape pour réviser la coque de son cotre. Partout, il est bien accueilli par les autorités et fêté par la population : le langage de la mer est universel mais tout cela l’ennuie...

L’aventure continue… Escale à Durban, au Cap, au Gabon puis ce sont les Açores… Le 30 mai 1938, à 4 heures du matin, Louis Bernicot aborde en France, pas très loin de Bordeaux.

Il déclare aux journalistes être en excellente santé et satisfait d’avoir réussi son grand périple autour du monde. Il explique aussi qu’à aucun moment il ne s’est vu dans une situation désespérée, étant donné que son navire a tenu le coup d’une façon absolument parfaite ! Merci Anahita ! Aux journalistes de L’Ouest Éclair qui lui demandent s’il est fatigué, il répond : fatigue moralement ; j’ai besoin de me retremper dans ma vie familiale. Je voudrais trouver là un repos que je crois avoir bien mérité. Surprise : sa femme, qui l’attend au port, se jette dans ses bras !

L’année suivante, le capitaine Bernicot se voit attribuer un trophée par l’Académie des sports, pour son exploit de 50 000 kilomètres à travers le monde ! Puis il reprend sa vie de retraité, sans faire de vague… heureux sans doute… Pendant deux ans, seul, au milieu de l’immensité marine, il a pu tuer l’ennui !

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