Champion olympique, Jean Vuarnet est mort lundi 2 janvier. Aujourd’hui encore, tous les skieurs savent ce qu’ils lui doivent…et pas seulement des verres protecteurs contre les UV !

Jean Vaurnet aux Jeux Olympiques d'hiver de 1960
Jean Vaurnet aux Jeux Olympiques d'hiver de 1960 © Getty / Bettmann

Des collines de Tunis aux montagnes de Savoie

Jean Vuarnet a un destin solaire, qui commence justement au soleil, bien loin des pistes, à Tunis, en Tunisie !

Nous voici sous le soleil, pas très loin de Tunis, au Bardo ! C’est ici qu’est né Jean Vuarnet, il y a 84 ans, le 18 janvier 1933. Jean Vuarnet était-il destiné à passer son enfance sur les plages ensoleillées ?… coquillage et crustacés : Brigitte Bardot est encore bébé puisqu’elle est née en 1934 ! La Tunisie est un protectorat français depuis une cinquantaine d’années, depuis qu’en 1881 un traité a été signé entre le bey de Tunis et la France, au palais du Bardo justement…

Mais comment passe-t-on des collines de Tunis aux montagnes de Savoie ? Jean Vuarnet est un nourrisson quand ses parents viennent s’installer à Morzine, en Savoie. Le voici désormais près des montagnes qu’il n’a plus jamais quittées. Jean Vuarnet s’inscrit à l’université de Grenoble pour faire son droit. Il découvre le ski, il maîtrise le ski, et il devient champion de France universitaire en 1951. C’est donc sur la neige, sans raquette mais avec des skis, que va se faire connaître le champion de Tunis !

L'inventeur de la position de l'œuf

Nous sommes maintenant en février 1960, à Squaw Valley, en Californie : c’est ici que se déroulent les Jeux Olympiques d’hiver. Jean Vuarnet excelle en descente. Il remporte une médaille d’or. Oh, il n’est pas le premier Français à être décoré dans cette discipline : le skieur Jean Oreiller avait été médaillé 12 ans plus tôt… mais les champions s’étaient un peu endormis !

Jean Vuarnet révolutionne la descente. Déjà, il est le premier à remporter le titre olympique sur des skis métalliques

Surtout il adopte la position de l’œuf : l’œuf, c’est tout neuf ! Avec son entraîneur Georges Joubert, il met au point cette étrange position : jambes fléchies, cuisses parallèles aux skis, tête entre les genoux, et projection des fesses vers l’arrière : il faut un minimum de prise au vent et un maximum de pénétration dans l’air ! Mieux que l’œuf de Christophe Colomb, il y a l’œuf de Jean Vuarnet !

Il affiche à son palmarès sept titres de champion de France et une médaille de bronze aux championnats du monde en 1958, en Autriche… mais l’histoire ne dit pas si Jean Vuarnet a alors adopté la position de l’œuf d’Autriche !

Des lunettes pour skieurs

En 1957, un opticien parisien, Roger Pouilloux, met au point un verre pour lunette qui permet de garder les yeux ouverts, même en plein soleil ; la réverbération sur la neige est une plaie pour les skieurs. À l’inverse, quand le temps est couvert, ces lunettes accentuent la luminosité ! Ce sont les lunettes de Pouilloux que Jean Vuarnet porte quand il devient champion olympique en 1960.

Les deux hommes s’associent et une marque est créée : Vuarnet, des lunettes pour faciliter la vue à se poser sur le nez ! Ces lunettes font partie du patrimoine : Alain Delon les porte au bord de _La Piscine, le film de Jacques Deray, en 1969… Delon, Deray : 69, année érotique ! Plus récemment, James Bond les porte aussi dans Spectre_, avec Daniel Craig !

Daniel Craig portant les lunettes Vuarnet dans "Spectre" de Sam Mendes (2015)
Daniel Craig portant les lunettes Vuarnet dans "Spectre" de Sam Mendes (2015) © 2015 Metro-Goldwyn-Mayer Studios Inc., Danjaq, LLC and Columbia Pictures Industr

La création d'Avoriaz

Dans les années 1960 encore, au moment où se mettent en place les stations de ski de troisième génération, Jean Vuarnet est appelé à la création d’Avoriaz… Un village est créé là il n’y avait que des alpages, à deux pas de Morzine, la commune de son enfance. Le domaine skiable dans lequel se situé Avoriaz s’appelle Les Portes du soleil : brillant !

La station de ski "Les portes du soleil" , à côté d'Avoriaz
La station de ski "Les portes du soleil" , à côté d'Avoriaz © Maxppp / PHOTOPQR/LE PROGRES

Triste soleil

Dans les années 1990, Jean Vuarnet est rattrapé par le soleil, cette fois un triste soleil : Édith, sa première épouse, et Patrick, son fils cadet, son pris dans la toile de l’Ordre du Temple solaire. Une secte des plus sombres, sous couvert de spiritualité : en décembre 1994, des dizaines de ses membres sont tués lors de plusieurs massacres, au Canada et en Suisse… Édith et Patrick n’en font pas partie.

Il faut imaginer l’angoisse de Jean Vuarnet face à la menace qui pèse sur son ancienne épouse et sur son fils. Cette angoisse dure une année : le 16 décembre 1995, ils font partie des seize nouvelles victimes, immolées lors d’un nouveau massacre dans le Vercors. Il est un drame dont on ne se remet pas…

Resplendissant, éclatant, lumineux, au zénith de sa notoriété, Jean Vuarnet a survécu 22 ans à son chagrin, une très longue éclipse.

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