Octave Lapize, vainqueur de l’Enfer du Nord, disparu il y a tout juste cent ans : voici le destin de ce magnifique cycliste !

Les pavés du nord
Les pavés du nord © Maxppp / Etienne Laurent

Pour cette 115e édition, les cyclistes partiront de Compiègne, dans l’Oise, et, 257 kilomètres plus tard, ils rejoindront le vélodrome de Roubaix. Secoués sur 55 kilomètres de pavés, répartis en 29 secteurs, ils n’auront sans doute pas le temps d’avoir une pensée pour un de leurs prédécesseurs, Octave Lapize, vainqueur de l’Enfer du Nord, disparu il y a tout juste cent ans. Alors nous nous en chargeons : voici le destin de ce magnifique champion !

Octave Lapize, une vedette d'avant-guerre

Pendant quelques années, il fut une vedette d’avant-guerre, la Première Guerre mondiale. Cycliste sur route et sur piste, Octave Lapize a surgi de nulle part, il a tout remporté et puis il s’est envolé comme il était arrivé.

Octave Lapize est né le 24 octobre 1887 dans le 14e arrondissement de Paris. Papa est brasseur et maman Lapize est marchande de vin : ici, l’ambiance n’est pas à la pédale mais au ballon et à la chopine. De toute façon, le vélocipède n’intéresse pas le jeune Octave qui ne va à la selle qu’à ses 17 ans. Papa Lapize, lui, ne voit pas ça d’un bon œil : le vélo est un vain loisir quand l’avenir est dans la bière et dans le vin, mais Octave pédale, en amateur, à l’insu de son père, dans de petites courses…

Octave Lapize : premier coups de pédale

Puis il y a le service militaire : né en 1887, Octave est de la classe 1907. À 20 ans, les drapeaux l’appellent mais il ne les entend pas : il est réformé au conseil de révision pour surdité… enfin, d’une oreille. Réformé, Octave se met au service de la pédale. En 1907 toujours, il remporte son premier titre notable : le championnat de France 100 km sur route, à Annecy. L’année suivante, au vélodrome Buffalo à Neuilly-sur-Seine, il bat le record du monde de l’heure, pour amateur.

On lit dans L’Aurore le 5 octobre 1908 :

Cette performance montre qu’il est capable dès maintenant de rivaliser avec nos meilleurs spécialistes

"Grand champion"

À la fin de l’année 1908, Octave Lapize décide de passer professionnel et il rejoint l’Union des cyclistes de Paris. C’est sous ces couleurs qu’il va briller jusqu’à Roubaix. En 1909, pour la 14e édition du Paris-Roubaix, un journaliste de L’Intransigeant est présent à Chatou, d’où part la course. Aux aurores, l’ambiance est légère, genre guinguette (12 avril 1909) :

Ce n’est qu’un défilé ininterrompu de petites reines d’acier aux lampions multicolores jetant l’animation au milieu des ténèbres

Le journaliste précise que « de joyeux cyclistes entonnent les refrains en vogue ». La chanson qui cartonne alors est la Valse brune de Georges Villard, où il est question des chevaliers de la lune que la lumière importune et qui recherchent un coin noir ! Le journaliste de L’Intransigeant suit la course en voiture : 9 heures 2 minutes et 30 secondes plus tard, elle est remportée par Octave Lapize. Le quotidien Gil Blas écrit alors (12 avril 1909) :

Qu’est-ce qu’Octave Lapize ? On l’ignorait hier ; le voilà aujourd’hui consacré grand champion.

1910 est une année importante pour Octave Lapize : il remporte de nouveau le Paris-Roubaix mais aussi le Tour de France. Sa carrière est lancée et son palmarès est éblouissant : trois fois champion de France, trois fois vainqueur du Paris-Roubaix.

Si Octave Lapize ne remporte pas toute les courses – et il en fait beaucoup – il est toujours bien classé, surnommé ad libitum, à volonté, Tatave ou Le Frisé.

Les courses abandonnées

Bien plus tard, en 1923, le journal La Pédale évoque le principal handicap de ce champion : « Lapize était un cabochard, quoique brave de cœur.

Il se démoralisait facilement et, dès qu’il n’était pas dans le peloton de tête, il n’en fallait pas beaucoup pour le mener à l’abandon » (18 décembre 1923). Ainsi, il abandonne le Tour de France en 1911 dans les Pyrénées parce que, déjà distancé dans la montée, une voiture lui barre la route : demi-tour !

Il abandonne encore en juillet 1914, quand on lui annonce le décès de maman Lapize… Pourtant Octave n’est pas un lâcheur : un mois plus tard, c’est la mobilisation générale. Il n’est pas apte mais il s’engage.

Mort au combat

Le cycliste Octave Lapize commence la guerre dans le train, comme automobiliste dans l’état-major. Bientôt il découvre un nouveau moyen de transport : il passe son brevet d’aviation et devient pilote. Le 14 juillet 1917, poursuivi par plusieurs ennemis au-dessus de Verdun, il est touché d’une balle de mitrailleuse à 4 000 mètres d’altitude. Le champion s’écrase.

Il est enterré à Villiers-sur-Marne, là où s’est installé son père, le brasseur. Personne n’a oublié Octave et, après guerre, le journaliste sportif Marcel Gentis, dans La Pédale en décembre 1923, rapporte que les jeunes cyclistes viennent ici saluer sa mémoire, « parce que papa Lapize est aussi prévenant avec eux qu’il l’était pour le grand champion que fut son fils » : Octave Lapize, le cycliste volant !

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