Pour le moment, dans le Vendée Globe, ils sont huit à être arrivés à bon port... Xavier Mauduit revient sur l’histoire d’une école de voile de renom

Ecole de voile des Glénans
Ecole de voile des Glénans © AFP / Yvon Boelle

Le premier arrivé cette année est Armel Le Cléac’h, le 19 janvier dernier, après 74 jours de navigation, mais ils sont encore nombreux à faire route vers les Sables d’Olonne. Éric Bellion et Conrad Colman ne sont pas loin de l’arrivée mais, dans cette aventure, tout peut arriver : Romain Attanasio en sait quelque chose, il vient casser sa dérive !

L’occasion pour nous de revenir sur l’histoire d’une école de voile de renom : Les Glénans, dans le Finistère sud !

Tiens bon la vague et tiens bon le vent et hissez haut les couleurs de l’école des Glénans, une école de voile bien sûr, mais aussi une école de résistance et de passion !

Petit rappel géographique

L’archipel des Glénan se trouve en Bretagne, dans le Finistère sud, au large de Concarneau et de Bénodet. Poursuivons en disant qu’un archipel est un ensemble d’îles et d’îlots, et que le site est occupé depuis le Néolithique.

L'archipel des Glénan
L'archipel des Glénan © Getty / Richard Kemp

Bien, maintenant, traversons la France et allons en Isère, à Saint-Jean-de-Bournay, dans la vallée du Rhône ! Là vous vous dîtes : mais quel rapport entre ces deux France, celle de la cuisine au beurre salé et celle de l’huile d’olive ? Et bien parce que c’est en Isère, à Saint-Jean-de-Bournay, qu’est né il y a cent ans, en 1917 donc, Philippe Viannay, le fondateur de l’école des Glénans !

Philippe Viannay, "indomitus"

Quand éclate la Second Guerre mondiale, Philippe Viannay a vingt-deux ans. Au moment où la France se désagrège, ce jeune agrégé de philosophie se trouve à l’heure des choix. Il fait celui de la résistance : son arme est une plume ! En 1941, il fonde un journal clandestin, Défense de la France, qui se double d’un mouvement de résistance. Avec sa femme Hélène à ses côtés, Philippe Viannay lutte sous le pseudonyme Indomitus : en latin, c’est l’insoumis, l’indompté, car contre vents et marées, il est de ceux qui disent : non !

Le Rebelle

L’Allemagne vaincue, Viannay ne rend pas les armes. Peu de temps après la Libération, il publie un recueil de ses articles sous le titre : Nous sommes les rebelles. Si la guerre est finie, pour lui, le combat continue : il veut redonner le goût à la vie aux anciens résistants, dont certains reviennent de déportation.

Viannay demeure indompté ! Dans l’archipel des Glénan, ils fondent en 1947 une école de voile. Le choix n’est pas innocent : durant la guerre, le mur de l’Atlantique empêchait d’approcher l’océan et Viannay propose de prendre la mer.

Sur l'île du Loch, un Centre de Formation Internationale accueille dès 1957 une centaine de jeunes. Ils apprennent à naviguer sur des petits voiliers, des quillards, ainsi que sur le navire de Viannay, un bateau à misaine qui, comme une évidence, est baptisé Le Rebelle !

L’archipel des Glénan

Cette histoire se poursuit avec une subtilité orthographique : l’archipel des Glénan s’écrit sans « s » : Glénan, n-a-n… mais l’école des Glénans se met au pluriel : Glénans, n-a-n-s : c’est une marque déposée !

Elle connaît un tel succès que, dans les années 1950, Philippe Viannay se dote d’un voilier plus imposant : "La Sereine", un cotre. Ce navire un équipé d’une grand-voile, d’un foc et d’une trinquette… la trinquette, c’est le petit foc… Le vocabulaire halieutique, c’est de la poésie, surtout quand il faut manier la trinquette sur le cotre par gros grain !

La flottille s’étoffe

D’une centaine de jeunes à être passer aux Glénans, ils sont rapidement des milliers. L’école ouvre des bases nautiques un peu partout en Bretagne : Paimpol, l’île d’Arz… et même au-delà, comme à Bonifacio en Corse ou à Marseillan, au bord de l'Étang de Thau, dans l’Hérault.

De là à dire que Philippe Viannay est un héros, il n’y a qu’un coup de gouvernail !

"La Sereine", premier bateau de l'ecole de voile des Glénans. Il a  été classé monument historique en 2001
"La Sereine", premier bateau de l'ecole de voile des Glénans. Il a été classé monument historique en 2001 © Maxppp / Olivier Desveaux

Hélène Viannay

Sans rire, je ne vais pas faire le coup de « derrière chaque homme, il y a une femme », parce que c’est tarte. Elle est à ses côtés et, souvent, elle est devant ! Que serait Philippe Viannay sans sa femme Hélène ? Elle joue un rôle essentiel dans le succès des Glénans.

Elle aussi est née en 1917 - il y a cent ans - elle aussi fut résistante et elle aussi a navigué. À eux deux, ils ont fait d’un projet associatif un véritable mythe.

Ils ont contribué à développer la plaisance, en construisant les bateaux pédagogiques qui manquaient : le Vaurien, la Caravelle, le Glénan33…

70 chandelles

Cette année, les Glénans fêtent leurs soixante-dix ans.

Ils ont accueilli des centaines de milliers de stagiaires et ils en accueilleront encore beaucoup d’autres : La mer, la mer, toujours recommencée

Philippe Viannay est mort en 1986 ; Hélène vingt ans plus tard et ses cendres ont été dispersées au large des Glénan. Ils furent des insoumis, des indomptés, des rebelles qui pouvaient dire, avec Baudelaire :

Homme libre, toujours tu chériras la mer !

L'École de voile des Glénans, un même objectif à travers les années : faire de la mer un vecteur de vie sociale
L'École de voile des Glénans, un même objectif à travers les années : faire de la mer un vecteur de vie sociale © Maxppp / E. Le Droff
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