Les mondiaux de ski alpin 2017 se déroulent à Saint-Moritz, en Suisse, une station de luxe à l’histoire peu banale !

La station de ski de St Moritz en Suisse
La station de ski de St Moritz en Suisse © Getty / Pierre VAUTHEY

Il s’agit d’une saga familiale, l’histoire d’une dynastie qui a fait de Saint-Moritz une station d’amour, de gloire et de beauté… et bien sûr de sports de glisse !

Comment Johannes Badrutt inventa la station de ski

En 1819, dans le canton des Grisons, naît Johannes Badrutt, un petit Suisse issu de modestes paysans. Il quitte très jeune l’exploitation familiale, trop petite pour faire vivre tout le monde. D’ailleurs, Johannes a d’autres ambitions.

Au XIXe siècle, la montagne attire les proto-touristes qui admirent ces paysages si romantiques… Souvent sur la montagne, à l'ombre du vieux chêne, au coucher du soleil, tristement je m’assieds… Mais, contrairement à Lamartine, Johannes ne fait pas dans le romantisme : il choisit hôtellerie !

En 1856, il prend la direction d’une modeste pension à Saint-Moritz : douze chambres, ce n’est pas mal, mais il transforme la pension en hôtel. Quelques travaux plus tard, voici ouvert le Engadiner Kulm, Le Kulm.

C’est un excellent investissement car Johannes a bien compris ce qu’il est en train de se jouer ici : la montagne accueille de richissimes touristes anglais venus profiter des alpages en été, et c’est ça le drame : Johannes veut remplir son hôtel toute l’année.

En septembre 1864, il fait un pari fou : il demande à ses clients anglais, sur le point de rentrer chez eux, de revenir en plein hiver : à Saint-Moritz, il y fait beau et il y a plein d’activités. Les Anglais reviennent : Johannes Badrutt vient d’inventer la station de ski !

Le champion du monde de patinage Phil Taylor saute au-dessus de sa fille Megan sur la patinoire de l'hôtel Kulm à St. Moritz, en Suisse vers 1930
Le champion du monde de patinage Phil Taylor saute au-dessus de sa fille Megan sur la patinoire de l'hôtel Kulm à St. Moritz, en Suisse vers 1930 © Getty / FPG

Saint-Moritz, "the place to be"

Pour satisfaire ses clients exigeants, Johannes Badrutt fait le choix du luxe. Son hôtel est un palace, avec la lumière électrique, une première en Suisse, en 1879. Les touristes d’alors sont des aristo, habitués à un train de vie fastueux.

Pour divertir ce grand monde, Johannes équipe sa station : de quoi skier, de quoi patiner, de quoi faire du curling mais aussi la première piste de luge au monde. Saint-Moritz est "the place to be", comme disent les touristes anglais.

Le curieux sport du curling est à voir à St. Mortiz. Ici, au Kulm Hotel Curling Rink, les passionnés du jeu jouent devant les Alpes majestueuses
Le curieux sport du curling est à voir à St. Mortiz. Ici, au Kulm Hotel Curling Rink, les passionnés du jeu jouent devant les Alpes majestueuses © Getty / Bettmann

Caspar Badrutt et son Palace Hôtel

Johannes Badrutt meurt en 1889 et c’est son fils Caspar qui devient le nouvel fort de Saint-Moritz. À son tour, il se lance dans un grand programme hôtelier : des tonnes de rochers sont explosées à la dynamite pour construire les fondations du Palace Hôtel, inauguré en 1896, une merveille !

Vous en voulez la preuve ? Dans l’hôtel est exposé la Madone Sixtine peinte par Raphaël… enfin, c’est ce que dit Caspar Badrutt, parce qu’il y en a une autre exposée au Louvre. Laquelle est la vraie ? Le 20 octobre 1896, Le Journal des débats tranche la question : la Madone de Badrutt n’est qu’une copie ! L’article se termine par ces mots : « M. Badrutt, s’il n’a pas réussi à faire passer son Raphaël pour un authentique chef-d’oeuvre, il aura, du moins, fait à son hôtel de Saint-Moritz une belle réclame : c’est peut-être tout ce qu’il souhaitait ! » Bien vu !

Le Palace Hotel de St Moritz
Le Palace Hotel de St Moritz © Getty / ullstein bild

Hans Badrutt, le roi des hôteliers suisses

Caspar Badrutt meurt en 1904 et son fils Hans prend la relève. Hans a été à bonne école et il a, lui aussi, le sens de la publicité pour attirer les touristes sportifs à Saint-Mortiz : « Le Badrutt’s Palace ! À proximité de trois excellents golfs, le rendez-vous de l’élite ! » peut-on lire dans les journaux (Le Figaro, 14 juin 1939).

Ou encore : « Le Palace Hôtel, avec son luxe et sa situation au centre d’un pays de rêve, ressemble à quelque palais des Mille et une Nuits ! Une demeure royale faite pour la villégiature des princes et de l’aristocratie » (Le Figaro, 16 septembre 1931).

Hans Badrutt, surnommé « le roi des hôteliers suisses » (Paris Soir, 12 janvier 1933), a « la courtoisie d’un homme du monde accoutumé à recevoir les plus hautes personnalités » (Le Figaro, 16 septembre 1931).

Sous le règne de Hans Badrutt, Saint-Moritz connaît une renommée internationale !

Affiche publicitaire pour le Palace Hotel à St. Moritz
Affiche publicitaire pour le Palace Hotel à St. Moritz © Getty / Buyenlarge

Les Jeux olympiques d’hiver

C’est à Saint-Moritz qu’ont lieu les Jeux olympiques d’hiver, en 1928 et rebelote vingt ans plus tard, en 1948. Saint-Moritz accueille les championnats du monde de ski dès 1934, mais aussi des galas sportifs, de l’escrime, entre autre…

La belle société qui s’y retrouve fait tourner la tête à tous les lecteurs du Bottin mondain et de l’Annuaire de la noblesse. Saint-Moritz devient le rendez-vous de tout ce que l’Europe compte d’altesses royales et de grandes familles…

Hans Badrutt meurt en 1953 mais sa progéniture poursuit l’œuvre familiale commencé par l’ancêtre Johannes un siècle plus tôt. Saint-Moritz, petit village de montagnes, est devenu une station de ski réputée grâce à l’énergie d’une famille qui avait, de père en fils, le sens de la réclame : une famille de baroudeur, les Badrutt !

Les Jeux olympiques d’hiver de 1948 à St Moritz
Les Jeux olympiques d’hiver de 1948 à St Moritz © Getty / FPG
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